L’espoir est-il de nouveau permis pour le processus de paix de Doha ? La remise de 15 détenus à l’AFC/M23, ce vendredi 7 août, donne au moins une raison de se poser la question. Depuis plusieurs semaines, les discussions entre Kinshasa et le M23 étaient pratiquement au point mort. Les engagements pris dans le cadre du processus de Doha n’avaient pas véritablement produit les résultats attendus sur le terrain, notamment sur la question des prisonniers. Cette première libération apparaît donc comme un premier pas, certes encore modeste, dans une situation qui était complètement bloquée.
Par Charles Muhindo
Le chemin reste toutefois encore long. Le M23 avait déjà libéré des militaires congolais capturés lors de la chute de Goma et attendait un geste de Kinshasa. Le mouvement rebelle évoquait plusieurs centaines de personnes qui devaient être libérées par les autorités congolaises, la plupart étant accusées d’entretenir des liens avec le M23. Pendant tout ce temps, Kinshasa n’avait posé aucun acte en ce sens. La remise de 15 détenus revêt donc une certaine importance, même si elle reste très loin du nombre réclamé par le mouvement rebelle.
Il serait cependant difficile d’affirmer que le processus de Doha est désormais débloqué. Quinze personnes, ce n’est pas beaucoup lorsqu’il est question d’un dossier portant sur plusieurs centaines de détenus. D’autant que le blocage ne concernait pas uniquement les prisonniers. De nombreuses autres clauses peinent également à être mises en œuvre. Au fil du temps, en raison du non-respect des engagements pris de part et d’autre, le processus engagé à Doha avait perdu de sa dynamique, jusqu’à ce que les discussions se poursuivent ailleurs, notamment à Montreux, en Suisse, avec l’implication des États-Unis. Le médiateur qatari, qui avait conduit les premières discussions, semblait s’être progressivement dessaisi de ce dossier devenu essentiellement congolais en raison de l’attitude des parties prenantes.
Ce geste de Kinshasa peut néanmoins avoir son importance. Dans une négociation de cette nature, un premier acte suffit parfois à relancer les discussions. Le gouvernement pourrait décider d’aller plus loin en libérant d’autres personnes dans les prochains jours ou les prochaines semaines. La libération d’une centaine de détenus, par exemple, constituerait un geste beaucoup plus significatif et permettrait de mesurer si le M23 est, lui aussi, disposé à agir dans le même sens.
C’est précisément là que réside aujourd’hui la principale inconnue. Quelle sera la réaction du M23 ? Le mouvement rebelle saluera-t-il cette première libération et posera-t-il, à son tour, un geste d’apaisement ? Ou estimera-t-il que la remise de 15 détenus ne change pas fondamentalement la situation, en continuant de réclamer la libération des centaines de personnes qu’il affirme encore détenues par Kinshasa ? Pour l’instant, il est difficile de le savoir. Mais sa réaction sera déterminante pour la suite.
Kinshasa peut également se servir de cette opération pour tester la volonté réelle du M23 de poursuivre le dialogue. Si les deux parties commencent à libérer des détenus et à prendre d’autres mesures de confiance, le processus de Doha pourrait progressivement reprendre vie. Ce serait déjà une évolution notable après plusieurs mois de blocage.
Il convient donc d’éviter de présenter cette remise de 15 détenus comme une avancée majeure. Il ne s’agit pas encore d’un véritable déblocage du processus de Doha. Mais c’est peut-être le premier geste permettant de croire que le dossier n’est pas totalement refermé. La question est désormais de savoir si Kinshasa poursuivra dans cette voie et, surtout, si le M23 fera de même. C’est à partir de ces développements qu’il sera réellement possible de dire si l’espoir d’une relance du processus de Doha est de nouveau permis.













