Alors que les discussions se poursuivent pour tenter de trouver une issue à la crise dans l’est de la RDC, l’AFC/M23 continue de prendre des décisions dans les zones qu’il contrôle, des initiatives peu susceptibles de favoriser la désescalade. Ces derniers jours, le mouvement rebelle a annoncé de nouvelles mesures dans les secteurs de la justice, des finances et de l’économie. Des décisions qui montrent que, sur le terrain, l’AFC/M23 poursuit l’organisation de son administration, tandis que Kinshasa et la communauté internationale appellent à une sortie de crise, à une solution politique et au rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Par Charles Muhindo
Dans le secteur économique et financier, l’Autorité de régulation du secteur économique, financier et des assurances, mise en place par la rébellion, a lancé une campagne visant les cambistes, les opérateurs et agents de monnaie électronique, les agents bancaires ainsi que les bureaux de transfert d’argent. L’objectif est notamment de les identifier, de les enregistrer et de contrôler leurs activités. Cette structure entend également surveiller les taux de change, les frais de retrait et les commissions appliquées aux clients, afin d’exercer un contrôle sur ces activités et d’en tirer des revenus.
Dans le secteur de la justice, l’AFC/M23 a également nommé, le jeudi 6 août, de nouveaux responsables à la tête de son département de la Justice et des Droits humains. Jean-Philippe Chubaka Mashamba a été désigné pour diriger ce département, assisté de deux responsables chargés respectivement des réformes judiciaires et des droits humains. Cette décision intervient plusieurs mois après la création d’une Commission de relance de la justice, chargée notamment de préparer la reprise des activités des cours et tribunaux dans les zones contrôlées par le mouvement, en dehors du cadre institutionnel reconnu par le gouvernement congolais.
Ces initiatives ne sont pas une première. L’AFC/M23 avait déjà annoncé l’intégration de nouveaux magistrats dans son propre système judiciaire. Kinshasa avait alors rejeté ces décisions, rappelant que le recrutement et la gestion des magistrats relèvent exclusivement des institutions de la République. Les autorités congolaises avaient également annoncé leur intention d’annuler les actes judiciaires pris par le mouvement rebelle dans les territoires sous son contrôle.
Ce qui interpelle aujourd’hui, c’est surtout le moment choisi pour poursuivre ces démarches. Alors que des efforts diplomatiques sont engagés pour mettre fin à la crise et parvenir à une solution politique, l’AFC/M23 continue de mettre en place des structures dans des secteurs qui relèvent normalement de l’État. Justice, finances, change et monnaie électronique : le mouvement rebelle étend progressivement son organisation dans les territoires qu’il contrôle, donnant l’impression de privilégier une logique d’administration durable plutôt que celle d’une sortie de crise, telle que prônée dans les processus de Washington et de Doha.
Ces initiatives compliquent inévitablement la recherche d’une solution. Il devient difficile de limiter le débat au seul volet militaire lorsque, parallèlement, des structures sont progressivement mises en place pour administrer la justice, les activités financières et l’économie. Chaque nouvelle décision prise dans ce sens renforce l’impression que l’AFC/M23 cherche à pérenniser son emprise sur les territoires qu’il contrôle, plutôt qu’à s’inscrire dans une dynamique de paix.
Alors que les appels à la paix se multiplient, tant de la part de Kinshasa que de plusieurs partenaires internationaux, l’AFC/M23 continue de poser des actes qui consolident son organisation dans les zones sous son contrôle. Cette évolution risque de compliquer davantage les efforts de médiation. À ce stade, une question demeure : jusqu’où cette logique ira-t-elle ? Si le processus de paix vise, à terme, le rétablissement de l’autorité de l’État dans ces territoires, la multiplication de structures parallèles pourrait rendre cet objectif encore plus difficile à atteindre.













