Deux décisions prises ces derniers jours attirent l’attention de l’opinion congolaise dans le contexte de crise politique que traverse la RDC. Olivier Kamitatu a finalement récupéré son passeport après plusieurs mois. De leur côté, Aubin Minaku et Ramazani Shadary, deux caciques du PPRD de Joseph Kabila, devraient être transférés vers un lieu de détention connu, après plus de 200 jours passés dans des lieux tenus secrets.
Par Charles Muhindo
Ces deux faits peuvent sembler peu importants. Mais dans le contexte politique actuel, ils ne passent pas inaperçus. Depuis plusieurs mois, l’opposition demande au pouvoir de poser des actes en faveur d’une décrispation politique. Elle réclame notamment la libération de certains détenus considérés comme des prisonniers politiques ou d’opinion, la restitution des passeports confisqués ainsi que la fin des poursuites judiciaires visant certains de ses membres.
Pour Kamitatu, la restitution de son passeport constitue une bonne chose. Mais il refuse que son cas soit présenté comme la preuve d’un changement de politique.
« Le régime, jusqu’à présent, n’a pas montré de signe réel de vouloir un apaisement et de vouloir libérer les prisonniers politiques, lever les condamnations à mort de tous ceux qui sont injustement condamnés et lever le harcèlement judiciaire contre les opposants », a estimé le porte-parole de Moïse Katumbi.
D’autres opposants attendent encore la restitution de leurs passeports. Seth Kikuni, Claudel Lubaya et d’autres personnalités sont notamment confrontés à des difficultés liées à leurs documents de voyage. Dans ces conditions, la restitution d’un seul passeport ne suffit pas à convaincre que le pouvoir a décidé de changer de politique à l’égard de l’opposition.
Toutefois, le cas de Minaku et Shadary est quelque peu différent. Pendant plus de 200 jours, leurs familles et leurs avocats ne savaient pas clairement où ils étaient détenus. Leur transfèrement vers l’Auditorat militaire permet au moins de clarifier leur situation. Mais là encore, plusieurs interrogations demeurent. Seront-ils présentés devant un juge ? Leur procès sera-t-il finalement ouvert ? Ou resteront-ils simplement en détention dans ce nouveau lieu ?
La coalition de l’opposition C64 a pris acte de cette annonce, tout en demandant que les deux cadres du PPRD soient jugés dans les conditions prévues par la loi.
« La C64 a pris note du transfèrement annoncé des messieurs Aubin Minaku et Ramazani Shadary vers un lieu de détention connu après plus de 200 jours de détention clandestine arbitraire. La C64 exige qu’ils soient présentés devant leur juge naturel pour un procès équitable dans le respect strict des droits fondamentaux garantis à tous les citoyens », a-t-elle indiqué dans une déclaration publiée le week-end dernier.
Et les cas de Minaku et Shadary ne sont pas les seuls à susciter des interrogations. Plusieurs opposants, mais aussi des militaires et d’autres personnes poursuivies dans des dossiers liés aux questions sécuritaires, sont encore détenus dans des conditions qui restent peu connues. Leurs familles continuent de réclamer, sans succès, des informations sur leurs proches. Des avocats dénoncent également le manque de clarté entourant certains dossiers. D’autres détenus sont incarcérés depuis plusieurs mois sans avoir encore été jugés.
Si le pouvoir veut réellement montrer sa volonté d’apaiser les tensions, c’est sur l’ensemble de ces dossiers que les regards vont désormais se tourner.
C’est dans ce contexte que les deux décisions concernant Kamitatu, Minaku et Shadary apparaissent insuffisantes aux yeux d’une partie de l’opinion. Elles peuvent certes être considérées comme des gestes positifs allant dans le sens d’une décrispation. Mais, à ce stade, elles restent limitées au regard des revendications de l’opposition.
Une véritable décrispation politique nécessiterait d’autres décisions allant dans le même sens, plutôt qu’une succession de mesures concernant seulement quelques cas individuels.
La C64 a fixé au 15 août la date limite pour la convocation du dialogue national. L’opposition attend donc des actes concrets démontrant que le pouvoir entend réellement s’engager sur cette voie.
La restitution du passeport d’Olivier Kamitatu et le transfèrement annoncé d’Aubin Minaku et de Ramazani Shadary peuvent être perçus comme des signaux susceptibles de rassurer. Mais pour déterminer s’ils traduisent un véritable changement de cap, il faudra surtout observer ce qui suivra.













