Le report de la marche de la coalition de l’opposition C64 du 22 juillet ne s’est pas décidé uniquement à Kinshasa. Des informations relayées par Jeune Afrique montrent que plusieurs contacts avaient déjà eu lieu à Brazzaville entre des acteurs de la crise congolaise. L’ancien président guinéen Alpha Condé, installé dans la capitale congolaise depuis quelques mois, a été un acteur majeur dans la démarche qui ont permis ces échanges entre le pouvoir, l’opposition et les responsables des Eglises.
Par Charles Muhindo
Martin Fayulu avait notamment traversé le fleuve pour rencontrer Alpha Condé. Le cardinal Fridolin Ambongo se trouvait aussi à Brazzaville et avait eu des échanges avec l’ancien président guinéen. Par ailleurs, Alpha Condé entretenait des contacts avec Félix Tshisekedi. Selon Jeune Afrique, les 2 hommes se sont rencontrés à plusieurs reprises, à Kinshasa mais aussi lors de certains déplacements du président congolais à Brazzaville et à Libreville.
« Désireux de se rendre utile, mais aussi de trouver un rôle à la mesure de son expérience et de son besoin de demeurer actif et présent sur la scène panafricaine, Alpha Condé s’est impliqué depuis 2 mois dans le maquis complexe des négociations entre Félix Tshisekedi, dont il a connu et fréquenté le père, Étienne, et dont il partage l’aversion pour le Rwandais Paul Kagame, et l’opposition congolaise. À son initiative, mais avec l’accord de Sassou Nguesso, l’ancien président a œuvré pour l’élaboration du Dialogue national annoncé, le 17 juillet, à Kinshasa », mentionne le média.
Ces échanges ont eu lieu alors que l’opposition préparait encore sa marche du 22 juillet. La C64 avait d’abord prévu une marche le 8 juillet pour exiger le départ de Félix Tshisekedi. Après le premier report, une nouvelle manifestation était prévue le 22 juillet. Mais, à ce temps-là, le chef de l’État avait dit être d’accord pour un dialogue national inclusif. Les discussions engagées avec les responsables religieux ont aussi changé la donne dans la décision de l’opposition de laisser une chance à cette voie.
D’après les informations relayées par Jeune Afrique, Martin Fayulu a ensuite convaincu ses partenaires de la C64 de reporter la marche du 22 juillet. Une demande faite à la suite de sa rencontre avec Alpha Condé, alors que le cardinal Ambongo était lui aussi engagé dans les mêmes discussions. La coalition a finalement décidé de suspendre sa manifestation et de donner au pouvoir un délai jusqu’au 15 août pour convoquer le dialogue.
« Il s’est pour cela entretenu à Brazzaville avec l’opposant Martin Fayulu, qui a traversé le fleuve pour le rencontrer, ainsi qu’avec le cardinal Fridolin Ambongo, venu rendre visite à Denis Sassou Nguesso. Surtout, Alpha Condé a été reçu à plusieurs reprises par Félix Tshisekedi, tant à Kinshasa qu’en marge des déplacements de ce dernier à Brazzaville et à Libreville », mentionne la même source.
Ces éléments permettent de mieux comprendre la période qui a précédé le report de la manifestation. Alors que la C64 était engagée dans une mobilisation générale contre le pouvoir, des discussions se sont poursuivies en dehors de Kinshasa pour chercher une autre issue à la crise. Fayulu, Ambongo, Tshisekedi et Alpha Condé ont été en contact, chacun dans son rôle pour baisser la tension.
Reste maintenant à voir ce que ces démarches vont produire. La C64 n’a pas renoncé à ses revendications. Il a seulement accepté de donner une chance au dialogue, avec une date limite au 15 août. Cette date approche et, pour l’instant, l’opposition attend toujours de voir si Félix Tshisekedi va concrétiser son engagement par la convocation officielle du dialogue, qu’elle veut inclusive et neutre.
Si cette convocation intervient, les contacts menés ces dernières semaines pourront être considérés comme ayant contribué à éviter un embrasement général. Dans le cas contraire, l’opposition pourrait revenir sur la décision prise en juillet. Elle pourrait surtout estimer qu’elle a été menée en bateau par le chef de l’État. C’est à ce niveau que se trouve aujourd’hui l’enjeu de toutes ces discussions menées dans les coulisses. Car, si au 15 août, rien n’est fait, le pays pourrait rebasculer dans l’état où il s’est trouvé avant le 8 et le 22 juillet.













