Campagne « Oui, je le veux » de Grâce Kutino : quand une jeunesse désœuvrée sert de marchepied aux intérêts politiques

Campagne « Oui, je le veux » de Grâce Kutino : quand une jeunesse désœuvrée sert de marchepied aux intérêts politiques

Par Charles Muhindo

La ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Kutino, a mobilisé, mercredi 12 août à Kinshasa, plusieurs jeunes dans le cadre de sa campagne « Oui, je le veux », en faveur du changement de la Constitution. Cette mobilisation intervient alors que le débat sur une éventuelle révision du texte constitutionnel continue de diviser les Congolais.

Pour la ministre, la jeunesse est prête à accompagner le président Félix Tshisekedi dans cette démarche.

«« Cette jeunesse est prête à vous accompagner jusqu’au bout ! Nous voulons une jeunesse au cœur des décisions, de l’emploi et de l’entrepreneuriat, pour un Congo refondé, sécurisé et tourné vers l’avenir », a-t-elle déclaré.»

Mais quelle jeunesse accompagne réellement cette campagne ? C’est là que la démarche de Grâce Kutino soulève des interrogations.

En RDC, une grande partie de la jeunesse reste confrontée au chômage, à la précarité et au manque de financement pour les petites initiatives entrepreneuriales. Dans plusieurs régions du pays, l’insécurité constitue également une préoccupation majeure. Pour beaucoup de jeunes, les attentes sont donc d’abord liées à l’emploi, à la sécurité, à l’accès aux opportunités et à l’amélioration des conditions de vie.

Rien ne permet, à ce stade, d’affirmer que cette mobilisation représente l’ensemble de la jeunesse congolaise. Aucune consultation nationale de grande ampleur ne semble avoir établi une position commune des jeunes sur le changement de la Constitution. La jeunesse congolaise est plurielle : certains soutiennent le pouvoir, d’autres l’opposition, tandis qu’une grande partie reste éloignée des formations politiques.

Présenter une mobilisation ponctuelle comme l’expression de toute une génération relève donc d’une lecture pour le moins discutable.

«« Nous voulons être des acteurs et non de simples spectateurs de l’avenir de notre pays. Nous voulons une jeunesse qui participe aux décisions et qui accompagne les actions visant à construire un Congo sécurisé et tourné vers l’avenir », a encore soutenu la ministre.»

Pourtant, depuis des années, les jeunes sont régulièrement sollicités pour remplir les salles et les stades, brandir des drapeaux et participer aux manifestations politiques. Une fois les rassemblements terminés, leurs difficultés, elles, demeurent : chômage, manque de financement, précarité et absence de perspectives.

La campagne « Oui, je le veux » ne pouvait donc qu’alimenter le débat. Derrière le discours consacré à l’avenir de la jeunesse se profile également une démarche politique : démontrer au chef de l’État qu’une partie de cette catégorie de la population lui est acquise.

Pour certains observateurs, cette mobilisation peut aussi être interprétée comme un signal de loyauté politique adressé à Félix Tshisekedi. Une manière, pour la ministre, de se positionner dans un environnement politique où le soutien au pouvoir peut être déterminant pour l’avenir d’un responsable.

Dans cette lecture, les jeunes risquent une nouvelle fois de devenir un simple instrument de mobilisation politique, sans être nécessairement les premiers bénéficiaires des résultats promis.

Les jeunes ont évidemment le droit de soutenir le changement de la Constitution. Mais ceux qui disent « oui » ne sauraient être présentés comme les porte-parole de toute la jeunesse congolaise. Il y a aussi ceux qui souhaitent dire « non », ceux qui hésitent encore et, surtout, ceux qui attendent des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes.

C’est peut-être sur ces questions que la jeunesse congolaise devrait d’abord être entendue, avant d’être mobilisée dans les batailles politiques.

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