Loi sur le référendum : Félix Tshisekedi cherche-t-il réellement à corriger le texte ou plutôt à gagner du temps avant le 15 août ?

Loi sur le référendum : Félix Tshisekedi cherche-t-il réellement à corriger le texte ou plutôt à gagner du temps avant le 15 août ?

Le président Félix Tshisekedi a décidé de ne pas promulguer, pour le moment, la loi portant organisation du référendum. Le texte, déjà adopté par les 2 chambres du Parlement, avait pourtant déjà atteint une étape importante. Mais après avoir saisi la Cour constitutionnelle, le chef de l’État a choisi de le renvoyer aux députés et sénateurs pour une nouvelle délibération, après les réserves formulées par la haute cour sur certains articles.

Par Charles Muhindo

A première vue, la décision du président de la République peut être analysée comme une volonté de tenir compte des observations de la Cour constitutionnelle. Mais politiquement, le moment choisi pose des questions. Le texte avait déjà été voté à une large majorité par les élus. Il faut donc maintenant voir ce que ces mêmes députés et sénateurs vont encore changer dans un texte qu’ils avaient déjà approuvé. C’est là que les interrogations commencent.

Car cette annonce arrive au moment même où la tension est très grande entre le pouvoir et l’opposition. Depuis plusieurs semaines, les opposants demandent l’ouverture d’un dialogue national et menacent de reprendre leurs manifestations si leurs demandes ne sont pas prises en compte par le régime. Ce samedi 15 août a été fixé comme la dernière ligne rouge. Or, comme on le sait, jusqu’à présent, aucune convocation officielle du dialogue n’a encore été faite.

Dans ce contexte, la décision de Félix Tshisekedi peut être analysée de 2 façons. D’un côté, le président peut vouloir montrer qu’il ne veut pas faire un passage à force et qu’il accepte que le Parlement reprenne le texte après les observations de la Cour constitutionnelle. De l’autre, il peut aussi être en train de gagner du temps. Une promulgation de la loi à quelques jours du 15 août aurait certainement donné un nouvel argument à ceux qui accusent le pouvoir de vouloir aller rapidement vers un référendum et, ensuite, vers un changement de la Constitution.

Par ses attitudes ces derniers jours, Félix Tshisekedi a déjà montré qu’il veut à tout prix éviter les manifestations de l’opposition. Avant la marche annoncée le 8 juillet, puis avant celle qui avait été reportée au 22 juillet, des démarches avaient été menées pour éviter que la situation ne dégénère. Le contact pris avec le président burundais Évariste Ndayishimiye s’inscrivait aussi dans ce contexte. Depuis, le pouvoir cherche toujours une voie pour éviter tout accrochage.

Le renvoi de la loi au Parlement peut donc lui donner quelques semaines supplémentaires et, pendant ce temps, les discussions liées au dialogue peuvent continuer sans couac. Si le président convoque ce dialogue dans les prochains jours, les choses pourraient prendre une autre direction. Les opposants qui se préparaient à reprendre la rue pourraient alors être obligés d’y renoncer. Dans ce cas, les marches annoncées pourraient ainsi ne plus avoir leur raison d’être.

Mais tout dépendra de la suite. Si le Parlement reprend simplement le texte sans un vrai changement et que le pouvoir continue rapidement son projet de référendum, l’opposition risque de considérer qu’elle a été roulée par le pouvoir. D’où cette question qui demeure : Félix Tshisekedi a-t-il réellement voulu corriger une loi après les observations de la Cour constitutionnelle, ou a-t-il surtout cherché à gagner du temps pour éviter une nouvelle confrontation avec les opposants avant le 15 août ? Seul l’avenir pourrait y répondre clairement.

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