RDC : Rentrée scolaire le 1e septembre, mais dans quelles conditions face à l’insécurité et Ebola dans l’Est ?

RDC : Rentrée scolaire le 1e septembre, mais dans quelles conditions face à l’insécurité et Ebola dans l’Est ?

Le 1er septembre 2026, les élèves de la République démocratique du Congo sont censés reprendre le chemin de l’école. Mais à une semaine de la rentrée, l’incertitude plane dans plusieurs zones de l’Est du pays, où l’épidémie d’Ebola continue de faire des ravages et où l’insécurité persiste dans plusieurs territoires. Entre mesures sanitaires, enseignement à distance et établissements affectés par les conflits, les conditions de reprise des cours suscitent de nombreuses interrogations.

Par Charles Muhindo

L’Ituri, épicentre de l’épidémie, se trouve au premier plan. Des décès continuent d’y être enregistrés. Or, la maladie à virus Ebola exige des précautions particulières, notamment en matière de contacts et d’hygiène. Dans ce contexte, l’Intersyndicale des enseignants de l’Ituri 1 a appelé au report de la rentrée, estimant que les conditions ne sont pas réunies pour exposer élèves et enseignants.

L’école constitue en effet un lieu de rassemblement où de nombreux enfants se retrouvent dans des salles parfois peu adaptées au respect de la distanciation physique. Les mesures de prévention devront donc être effectives dès le premier jour : lavage régulier des mains, surveillance des élèves, limitation des contacts et prise en charge rapide des cas suspects.

Dans la Tshopo, les autorités scolaires ont déjà insisté sur le respect de la distanciation physique et le renforcement des mesures d’hygiène en prévision de la rentrée. Mais la question demeure : comment garantir concrètement l’application de ces mesures sur le terrain ?

Pour tenir compte de ces réalités, le gouvernement a prévu une rentrée différenciée, avec notamment le recours à l’enseignement à distance dans certaines zones. Selon les autorités, les écoles situées dans les zones vertes pourront fonctionner normalement. Dans les zones orange, les cours seront maintenus avec des mesures sanitaires renforcées. En revanche, dans les 18 sous-divisions classées à haut risque, les enseignements ordinaires seront temporairement remplacés par d’autres modalités d’apprentissage.

Reste toutefois une difficulté majeure : comment organiser un enseignement à distance dans des régions où l’accès aux outils numériques est presque inexistant, voire impossible ?

Le ministère de l’Éducation nationale précise qu’il ne s’agit pas nécessairement de cours en ligne. Les élèves concernés devraient recevoir des fiches de travail et suivre des émissions éducatives diffusées à la radio. Mais cette approche soulève également des interrogations sur sa mise en œuvre effective.

Dans plusieurs zones rurales de l’Est, de nombreuses familles ne disposent pas de smartphone, de connexion Internet ou même de télévision. La radio reste accessible, mais sa couverture ne s’étend pas à toutes les zones. De plus, les familles ne sont pas toujours en mesure de suivre régulièrement les programmes éducatifs, qui peuvent varier d’une localité à l’autre. Le risque de rupture dans l’apprentissage demeure donc important.

À cette situation sanitaire s’ajoute la guerre. Dans certaines parties du Nord-Kivu, de l’Ituri et du Sud-Kivu, les combats ont fortement perturbé le fonctionnement des établissements scolaires. Plusieurs écoles ont été endommagées ou détruites lors des affrontements, tandis que des élèves risquent de ne pas retrouver leurs salles de classe à la rentrée.

Dans ces conditions, la rentrée du 1er septembre s’annonce particulièrement délicate. Certains élèves retrouveront leurs salles de classe, d’autres devront poursuivre leur apprentissage à domicile, tandis que certains pourraient tout simplement ne pas reprendre les cours.

Pour les parents, le choix risque d’être difficile : envoyer leurs enfants à l’école malgré les risques ou les garder à la maison ?

En attendant, pour tenter de rassurer les familles, les mesures de prévention annoncées par les autorités devront être visibles et fonctionnelles dans les établissements scolaires : points de lavage des mains, disponibilité d’eau et de savon, dispositifs de surveillance et mécanismes d’alerte.

Dans les zones où ces moyens ne sont pas encore disponibles, les réticences des parents pourraient être importantes. À une semaine de la rentrée, l’enjeu est donc de s’assurer que les enfants pourront reprendre les cours sans être exposés à des risques supplémentaires.

Autrement, la rentrée scolaire 2026-2027 pourrait commencer normalement sur le papier, mais se dérouler de manière très différente sur le terrain.

Le 1er septembre reste maintenu par le ministère de l’Éducation nationale. Mais dans l’Est du pays, les écoles sont-elles réellement prêtes à accueillir les élèves dans un contexte marqué par l’épidémie d’Ebola et la persistance de l’insécurité ? La réalité du terrain permettra d’en juger dès le mardi 1er septembre.

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