L’annonce du dialogue national par Félix Tshisekedi n’a pas suffi à apaiser les tensions politiques en République démocratique du Congo. Plusieurs figures de l’opposition contestent déjà le format proposé par le chef de l’État, tandis que les discussions s’annoncent tendues autour des conditions de participation et des garanties attendues.
Par Charles Muhindo
Félix Tshisekedi a finalement annoncé le dialogue national réclamé depuis plusieurs mois par ses adversaires politiques et une partie de la société civile. Mais, quelques heures après son discours très attendu, la pression politique ne retombe pas. Au contraire, plusieurs opposants rejettent déjà le format proposé par le président congolais.
Franck Diongo, Seth Kikuni, Jean-Claude Vuemba et José Makila, membre de la coalition « Sauvons la RDC » de Joseph Kabila, ont clairement pris leurs distances avec le processus. Au sein de la coalition C64, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Martin Fayulu et Delly Sesanga se montrent également opposés au format présenté par le chef de l’État.
La coalition de l’opposition devait d’ailleurs se réunir ce vendredi afin d’adopter une position commune. Cette rencontre montre que l’annonce présidentielle n’a pas suffi à calmer les adversaires de Félix Tshisekedi.
Depuis plusieurs semaines, la C64 préparait des actions destinées à accentuer la pression sur le pouvoir. Certains observateurs espéraient que la convocation du dialogue conduirait l’opposition à suspendre ces initiatives. Le rejet du format présidentiel pourrait toutefois changer cette dynamique.
Deux visions du dialogue
En réalité, les deux camps ne semblent pas parler du même dialogue.
Pour Félix Tshisekedi, le processus doit commencer dans les provinces. Il entend donner la parole aux populations avant de faire remonter leurs préoccupations vers les assises nationales prévues à Kinshasa.
Une partie de l’opposition défend, en revanche, la mise en place préalable d’un cadre accepté par les différentes parties, accompagné de garanties destinées à rétablir la confiance. Les Églises catholique et protestante avaient également proposé leur médiation dans cette perspective.
Autre point de tension : l’AFC/M23, engagée dans le conflit armé dans l’est du pays, est exclue du processus annoncé par le président. Les Églises, elles, pourraient être associées au comité chargé de piloter le dialogue sans en assurer directement la conduite.
L’annonce présidentielle n’a donc pas produit l’unanimité attendue. Elle ouvre plutôt une nouvelle phase de négociations sur les conditions du processus.
La décrispation comme test
La décrispation politique annoncée par Félix Tshisekedi pourrait toutefois modifier les positions. La libération de certains détenus politiques, la suspension de poursuites judiciaires, la restitution de passeports ou d’autres mesures de confiance pourraient contribuer à réduire les tensions.
Mais en l’absence de ces mesures, les principaux opposants semblent peu disposés à revoir leur position.
Le constat, pour l’instant, reste donc paradoxal : avant la convocation du dialogue, l’opposition mettait la pression sur le pouvoir ; après son annonce, elle continue de le faire.
Le dialogue est désormais annoncé. Mais la crise politique que ces assises sont censées contribuer à désamorcer reste, elle, intacte.













