Par la rédaction
La tension entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda a pris une nouvelle tournure judiciaire avec l’audience récente devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) à Arusha, en Tanzanie.
Les deux pays se livrent une bataille sur la compétence de la Cour, qui a décidé de mettre l’affaire en délibéré. Les parties ont reçu un délai de huit jours pour soumettre leurs plaidoiries écrites, avant que la CADHP ne se prononce sur sa capacité à traiter cette affaire.
Lors de cette audience, les avocats du Rwanda ont contesté la recevabilité de la requête congolaise, arguant que les voies de recours auprès d’autres instances régionales et internationales n’avaient pas été épuisées. Ils ont également exprimé des doutes quant à la véracité des accusations portées par la RDC, les qualifiant de fondées principalement sur des informations médiatiques plutôt que sur des preuves tangibles.
Le Rwanda a plaidé pour une suspension de la procédure en attendant l’issue d’un autre litige en cours devant la Cour de justice de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC). Cette demande vise à éviter des décisions contradictoires sur des questions similaires, ce qui pourrait compliquer davantage la situation régionale.
En réponse, la délégation congolaise a affirmé que la CADHP avait toute légitimité pour statuer sur des violations graves des droits humains, notamment celles commises sur son territoire par le Rwanda. Les avocats congolais ont rejeté l’idée selon laquelle les victimes devraient se tourner vers les juridictions rwandaises, soulignant que cela reviendrait à ignorer les réalités des crimes perpétrés.
Samuel Mbemba, vice-ministre congolais de la Justice, a insisté sur l’importance symbolique de cette affaire et le rôle crucial de la CADHP dans la protection des droits humains en Afrique. Il a rappelé que cette Cour avait été créée pour juger des violations massives des droits humains, notamment celles qui se sont produites en RDC, et que ces faits étaient bien connus au-delà des frontières africaines.
Ce procès revêt une ampleur particulière, car il cherche à établir la responsabilité du Rwanda dans des décennies de conflits, de pillages de ressources naturelles, de violences sexuelles et de massacres en RDC. Kinshasa a renforcé son équipe juridique avec des spécialistes en droit international et des témoins issus du milieu des droits humains pour étayer son dossier.
Alors que la CADHP s’apprête à rendre sa décision sur sa compétence, l’atmosphère demeure tendue entre les deux nations. Si la Cour se déclare compétente, cela marquera le début d’une phase décisive où les preuves des violations alléguées seront examinées minutieusement. Pour la RDC, il s’agit d’une occasion unique de faire éclater la vérité sur les souffrances endurées par ses citoyens au fil des années. Le verdict concernant la compétence de la CADHP est attendu avec impatience dans les jours à venir.













