À Kinshasa, Tshisekedi demande à Ramaphosa de renforcer la protection des congolais en Afrique du Sud

Par Emmanuel Medina

Le sommet bilatéral entre la République Démocratique du Congo et l’Afrique du Sud a pris une tournure politique majeure. Alors que la visite officielle du président sud-africain Cyril Ramaphosa à Kinshasa était initialement dédiée à la coordination des efforts africains contre l’épidémie d’Ebola, son homologue congolais, Félix-Antoine Tshisekedi, a profité de ce tête-à-tête, ce jeudi 2 juillet 2026, pour mettre sur la table un sujet brûlant : la recrudescence des violences xénophobes visant les ressortissants étrangers, dont de nombreux Congolais, en Afrique du Sud.

Entre impératifs de souveraineté et exigences humanitaires, ce sommet illustre la complexité des relations diplomatiques au sein de l’Union africaine face à la crise migratoire.

Devant une assistance composée de dignitaires et en présence directe de Cyril Ramaphosa, Félix Tshisekedi a choisi d’aborder la question avec diplomatie mais fermeté. Tout en concédant que Pretoria dispose du droit absolu de réguler ses frontières, le président congolais a rappelé les obligations morales et juridiques qui incombent à l’Afrique du Sud en matière de droits de l’homme.

« Nous comprenons pleinement que chaque État a le droit souverain d’organiser, dans le respect de ses lois, la gestion de son territoire, de ses frontières et de sa politique migratoire. Mais nous demeurons convaincus que ces questions doivent être abordées avec humanité, responsabilité, retenue et dans le respect de la dignité de toutes les personnes concernées », a insisté le Chef de l’État congolais.

Faisant appel aux principes fondateurs du panafricanisme, Félix Tshisekedi a exhorté les autorités sud-africaines à privilégier la « solidarité africaine » pour parvenir à une issue apaisée et respectueuse des droits fondamentaux.

Cet échange au sommet intervient alors que l’appareil d’État congolais est en alerte maximale depuis plusieurs semaines. Lors du Conseil des ministres du 12 juin 2026, la vice-ministre des Affaires étrangères et des Congolais de l’étranger, Noëlla Ayeganato, avait présenté une note d’information alarmante. Se basant sur les rapports de l’ambassade de la RDC à Pretoria, elle avait mis en garde contre une dégradation sécuritaire majeure susceptible de muter en véritable « crise humanitaire ».

Face à ces menaces, Kinshasa a acté le déploiement imminent d’une mission interinstitutionnelle en Afrique du Sud. Cette cellule aura pour mandat d’évaluer sur le terrain les vulnérabilités des Congolais, particulièrement touchés par un déficit de protection physique face aux raids populaires, des restrictions d’accès aux services essentiels tels que la santé, le logement et une insécurité chronique dans les townships.

Preuve de l’urgence nationale, l’Assemblée nationale s’est également saisie du dossier en auditionnant la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, afin d’exiger des mesures concrètes de protection consulaire.

Sur le sol sud-africain, la tension est alimentée par des mouvements nationalistes radicaux, au premier rang desquels figure l’« Opération Dudula ». Ce collectif anti-immigration, dont le nom signifie « repousser » ou « chasser par la force » en langue zouloue, mène des campagnes agressives pour exiger le départ des migrants africains. Ces groupes accusent les étrangers d’accaparer les emplois locaux, de saturer les infrastructures publiques et d’aggraver la criminalité dans un pays en proie à de vastes difficultés économiques.

Conscient de l’impact désastreux de ces images sur la scène internationale, Cyril Ramaphosa a profité de sa tribune pour condamner fermement ces manifestations violentes et les actes criminels associés. Le président sud-africain a martelé que ces dérives xénophobes ne reflétaient en rien les valeurs du peuple sud-africain ni la ligne politique officielle de son gouvernement de coalition.

La gestion de cette crise testera la capacité des deux géants économiques et démographiques d’Afrique subsaharienne à maintenir leur alliance stratégique malgré les pressions populaires internes.

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