Accord de Suisse sur la crise du M23 en RDC : Le statu quo !

Les discussions tenues
en Suisse entre le gouvernement de la RDC et l’AFC/M23 ont abouti à plusieurs décisions importantes sur le papier. Les deux parties se sont mises d’accord pour faciliter l’aide humanitaire, mieux protéger les civils et renforcer le respect du cessez-le-feu grâce à un mécanisme de surveillance.

Par Gédéon ATIBU

Il a aussi été décidé de libérer des prisonniers dans un délai de 10 jours, avec 311 détenus liés à l’AFC/M23 et 166 réclamés par Kinshasa. Présentées ainsi, ces mesures donnent l’impression que des pas concrets ont été franchis et que la situation peut évoluer dans le bon sens pour les populations de l’Est du pays qui souffrent depuis longtemps de la guerre.

À première vue, nombreux concluent qu’il s’agit de vraies avancées. Mais un regard en arrière atteste que ces sujets ne sont pas nouveaux. Depuis la déclaration de principes de juillet 2025, les mêmes questions ont déjà été discutées : le cessez-le-feu, l’aide humanitaire et l’échange de prisonniers. Le vrai problème n’a jamais été le manque d’accords, mais leur application sur le terrain. Plusieurs fois, des annonces ont été faites, parfois même avec des dates précises, sans que cela ne soit respecté. La question des prisonniers en est un bon exemple, car elle avait déjà été présentée comme imminente, mais elle n’a jamais été réalisée. Aujourd’hui encore, une promesse de 10 jours est donnée, mais beaucoup se demandent si elle sera réellement tenue ou si ce sera encore une promesse de plus, comme après la déclaration de Doha du 19 juillet 2025 qui n’avait pas été suivie d’effets.

Le seul élément qui peut sembler nouveau dans ces accords est le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu, que le M23 accepte désormais d’intégrer. Cela peut être vu comme une avancée, car il y a désormais un cadre pour suivre ce qui se passe sur le terrain. Mais cette avancée peut aussi poser problème pour le pouvoir de Kinshasa. En acceptant de co-gérer ce mécanisme avec l’AFC/M23, l’État donne l’impression de reconnaître ce mouvement comme un acteur légitime dans la gestion de la crise. C’est dans ce sens que Franck Diongo parle d’un affaiblissement du pouvoir. Selon lui, cet accord ne met pas fin à la guerre, mais il organise simplement une pause, sans résoudre les causes profondes du conflit.

Un autre point important mis en avant dans les discussions concerne la protection des civils et des biens essentiels. Les 2 parties se sont engagées à ne pas attaquer les hôpitaux, les écoles, les sources d’eau, les zones agricoles et les infrastructures de base. Elles ont aussi promis de faciliter l’accès des humanitaires, en garantissant un passage sécurisé et sans obstacles pour apporter de l’aide aux populations touchées. Ces engagements sont importants sur le plan humain, car ils visent à réduire les souffrances. Mais là encore, tout dépendra du respect de ces promesses sur le terrain, car sans application réelle, ces mesures risquent de rester de simples déclarations comme celles qui ont précédé.

Au bout du compte, une impression se dégage : celle d’un progrès qui semble important, mais qui, en réalité, ne change presque rien. Les attentes des Congolais étaient claires : la fin de la guerre, le retrait du M23 des zones occupées et le retour de l’autorité de l’État sur tout le territoire. Mais ces points ne sont pas réellement abordés dans les décisions prises en Suisse. Au contraire, le fait de maintenir les positions actuelles donne l’image d’une situation qui reste statique et bloquée. Avant les discussions de Suisse et après, la réalité sur le terrain semble presque la même.

Ainsi, malgré les annonces, beaucoup ont le sentiment que l’on n’a pas vraiment avancé. Ce qui était attendu, c’était un changement réel sur le terrain, pas seulement des engagements répétés qui ne sont souvent jamais suivi d’effets. Pour l’instant, la crise semble simplement gérée, sans être résolue. Les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu continuent d’attendre des signes concrets de paix.

En attendant, tous les regards sont tournés vers les 10 jours annoncés pour la libération des prisonniers dont des emblématiques qui sont de part et d’autre. C’est peut-être là que l’on concluera si cet accord est différent des précédents, ou s’il s’inscrit simplement dans la continuité d’un statu quo.

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