Il était un espoir pour les Congolais qui, depuis près de 3 décennies, font face aux affres de la guerre sans aucun espoir de s’en relever : le très médiatisé accord de Washington signé le 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis.
Par Gédéon ATIBU
Pourtant, 9 mois après la signature du document, le bilan est insignifiant. D’après le Baromètre des accords de paix en Afrique dans un rapport publié en ce mois d’avril, le niveau de mise en œuvre a connu une légère progression, passant de 23,3 % fin février 2026 à 27,5 % fin mars, soit une hausse de 4,2 points. Une évolution qui témoigne un certain engagement des parties, mais pourtant encore insuffisante au regard des enjeux sécuritaires, humanitaires sur le terrain et de fortes attentes qu’il a suscitées.
Selon le même rapport, parmi les avancées enregistrées, figure le lancement, le 29 mars 2026, des opérations de neutralisation des FDLR par les autorités congolaises. Cette étape est jugée importante pour autant que ce groupe armé est au cœur des tensions entre Kigali et Kinshasa. En même temps, plus de 200 ex-combattants des FDLR ont été rapatriés et réintégrés au Rwanda après un programme de réinsertion, ce qui pourrait encourager d’autres combattants à déposer les armes et rejoindre la vie civile, estime le Baromètre.
Le rapport mentionne également le retrait, en mars 2026, de certains éléments de l’AFC/M23 de plusieurs localités du territoire de Lubero, au Nord-Kivu. Même si ce retrait est perçu comme un signal positif, des zones d’ombre subsistent, notamment sur la présence éventuelle de forces rwandaises et sur la destination réelle des troupes retirées. Par ailleurs, des rencontres tenues les 17 et 18 mars à Washington entre les délégations congolaise et rwandaise ont permis de discuter des mesures concrètes pour accélérer la mise en œuvre de l’accord.
Par ailleurs, les États-Unis ont imposé des sanctions à l’encontre de certains responsables rwandais, accusés d’entraver l’application de l’accord. Ces mesures visent à faire pression sur les parties afin de respecter leurs engagements. Toutefois, leur impact réel sur la situation reste difficile à mesurer à ce stade, même si, pour certains analystes, elles sont la preuve d’une implication internationale dans le processus de paix dans le pays.
Malgré ces signaux on dirait encourageants, les défis restent nombreux. Les affrontements entre les forces armées congolaises et les rebelles de l’AFC/M23 se poursuivent sur plusieurs fronts, avec une utilisation croissante de drones offensifs. La trêve prévue dans le cadre du mécanisme conjoint de vérification est régulièrement violée, ce qui met en péril la confiance entre les parties et ralentit considérablement les progrès vers une sortie définitive de crise.
La situation humanitaire demeure également très préoccupante. Dans plusieurs zones affectées par les combats, les populations civiles continuent de vivre dans des conditions difficiles, avec un accès difficile à l’aide humanitaire. L’insécurité empêche souvent les organisations locales et internationales d’intervenir efficacement, aggravant ainsi la souffrance des populations déjà vulnérables.
Le rapport pointe un manque de transparence et de coordination dans la mise en œuvre de certaines mesures clés, notamment le suivi des engagements et le retrait des forces. Le mécanisme conjoint de surveillance, pourtant essentiel, n’a pas été suffisamment actif ces derniers mois, mentionne le document. De son côté, l’Union africaine, malgré quelques initiatives, reste en retrait, avec peu de communication sur l’évolution du processus.
Face à cette situation, les experts recommandent un engagement plus ferme des parties, accompagné d’un suivi rigoureux et d’une meilleure coordination entre les acteurs nationaux, régionaux et internationaux. Sans cela, les avancées observées risquent de rester fragiles et insuffisantes pour ramener une paix durable dans l’est de la RDC.













