Accord stratégique entre Kinshasa et Washington : La RDC va-t-elle finalement exporter ses minerais bruts vers les États-Unis ?

Le nouvel accord signé ce 13 mai à Madrid entre l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC), la société américaine EVelution Energy et le groupe Trafigura ramène sur la table, le débat sur le partenariat minier conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis. Alors que les autorités congolaises avaient présenté l’accord bilatéral signé en décembre 2025 comme une occasion de développer la transformation locale des minerais, plusieurs observateurs commencent à craindre que la RDC ne continue finalement à exporter ses matières premières vers l’étranger sans véritable industrialisation du Congo.

Par Gédéon Antibu

Dans un communiqué publié après la signature de ce protocole d’accord, les 3 entreprises expliquent vouloir établir un cadre d’approvisionnement à long terme en hydroxyde de cobalt congolais à destination des États-Unis. Le document précise que le cobalt provenant de la RDC devrait être transformé par EVelution Energy dans son installation située en Arizona. L’entreprise américaine prévoit d’y produire du sulfate de cobalt destiné aux batteries électriques, à l’aérospatiale ainsi qu’au secteur de la défense américaine.

Selon les détails relayés par par Bloomberg, l’Entreprise Générale du Cobalt devrait assurer l’approvisionnement en hydroxyde de cobalt dans le cadre de son mandat étatique en RDC. De son côté, Trafigura devrait s’occuper des services liés à la logistique, à la chaîne d’approvisionnement et à la commercialisation du minerai congolais vers les États-Unis. Cet arrangement engendre déjà des interrogations dans l’opinion congolais.

Lors de la signature du partenariat stratégique entre Kinshasa et Washington en décembre 2025, plusieurs responsables congolais avaient pourtant insisté sur la volonté de créer de la valeur ajoutée directement en RDC. Le gouvernement expliquait alors que des entreprises américaines pourraient venir s’installer dans le pays afin d’y développer des unités locales de transformation du cobalt et d’autres minerais stratégiques . Les autorités parlaient également de la création d’emplois, de transfert de technologies et d’investissements capables de soutenir l’économie congolaise.

Mais avec ce nouvel accord signé à Madrid, certains observateurs estiment que la logique reste pratiquement la même que par le passé : la RDC continue d’exporter ses matières premières pendant que les étapes les plus rentables de transformation industrielle sont réalisées à l’étranger. Pour ces critiques, le fait que le cobalt soit raffiné en Arizona plutôt qu’en RDC semble en contradiction avec les promesses faites autour du partenariat RDC–États-Unis.

Des opposants politiques accusent même le pouvoir de Félix Tshisekedi de négocier des accords qui risqueraient de déposséder progressivement le pays de ses ressources naturelles. Selon eux, loin des discours sur les investissements et la coopération stratégique avec Washington, il existerait surtout une volonté politique de renforcer les relations entre le régime congolais et les États-Unis afin de consolider le maintien du président au pouvoir.

Ces critiques rappellent que la RDC possède certaines des plus importantes réserves mondiales de cobalt, un minerai devenu essentiel dans la fabrication des batteries pour véhicules électriques et plusieurs industries de haute technologie. Pour eux, le pays devrait utiliser cette richesse pour construire ses propres usines de transformation au lieu de continuer à dépendre des industries étrangères.

D’autres voix estiment cependant que ce type de partenariat peut malgré tout représenter une opportunité économique pour la RDC. Elles expliquent que les investissements américains pourraient aider le pays à mieux structurer sa filière du cobalt artisanal, attirer des capitaux étrangers et améliorer progressivement les capacités locales de transformation. Certains défenseurs du partenariat rappellent aussi que le développement industriel d’un pays nécessite souvent plusieurs étapes avant d’atteindre une transformation complète sur place.

En attendant, le débat continue autour du contenu réel du partenariat minier entre la RDC et les États-Unis : y aura-t-il réellement industrialisation, création d’emplois dans le pays? Ou, s’agit-il d’une simple exportation des minerais bruts vers l’étranger? Nombreux Congolais cherchent encore à comprendre ce que ce rapprochement entre Kinshasa et Washington apportera concrètement au pays dans les prochaines années.

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