Le mardi 26 mai dernier, l’acteur politique congolais Barnabé Milinganyo Wimana a de nouveau été interpellé à Kinshasa après des déclarations qui ont encore fait débat sur les réseaux sociaux et dans la sphère politique.
Par Gédéon ATIBU
Selon plusieurs sources, il a été arrêté dans l’après-midi sur l’avenue Lukusa avant d’être conduit au parquet près le Tribunal de Grande Instance de la Gombe. Cette arrestation intervient après la diffusion d’une vidéo dans laquelle il affirme notamment que le président rwandais Paul Kagame serait d’origine congolaise par son père, qu’il présente comme membre de la communauté Rega.
Mais ce sont surtout certaines phrases prononcées lors de cette intervention qui ont créé un tollé. Barnabé Milinganyo avait déclaré que si un jour le Congo venait à être partagé ou vendu, Kagame pourrait, lui aussi, réclamer sa part. Dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est de la RDC et les accusations de soutien du Rwanda au M23, ces propos ont été jugés extrêmement sensibles par plusieurs internautes et acteurs politiques. Certains y voient des déclarations irresponsables, tandis que d’autres parlent simplement d’une provocation de plus venant d’un homme habitué aux sorties médiatiques qui ne laissent pas le régime en place Indifférent.
Selon certaines indiscrétions proches du pouvoir, il peserait sur l’acteur politique des accusations et soupçons graves. Selon elles, Barnabé Milinganyo serait entre autres soupçonné d’avoir entretenu des liens avec des membres du M23/AFC et d’avoir reçu des financements d’un pays étranger afin de mener des campagnes de désinformation en ligne et de semer la confusion dans le cyberespace. Il lui est également reproché d’avoir interagi avec plusieurs membres de groupes subversifs. Des griefs, s’ils sont avérés, qui lui coûterait une prison à vie, à coup sûr.
Il faut dire que ce n’est pas la première fois que Barnabé Milinganyo se retrouve confronté à la justice à cause de ses propos. Depuis plusieurs années, sous Tshisekedi, il s’est imposé dans le paysage médiatique congolais par des analyses souvent directes, crues et parfois choquantes lors des débats politiques ou des émissions de radio. Son style particulier lui a permis de devenir célèbre et de se construire une base de sympathisants qui apprécient son langage sans filtre. Mais cette même façon de communiquer lui attire aussi régulièrement des ennuis, le pouvoir ne supportant pas certaines affirmations.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs observateurs estiment que cette nouvelle arrestation était prévisible. Certains rappellent qu’après ses dernières interventions, certaines voix avaient déjà demandé l’ouverture d’une procédure judiciaire contre lui. D’autres considèrent qu’il dépasse souvent les limites du débat politique normal en abordant certains sujets sensibles sans précaution surtout dans le contexte politique et sécuritaire de la RDC. Quelques internautes issus de la communauté Rega ont également exprimé leur indignation, estimant que ses déclarations risquent d’alimenter des amalgames inutiles.
Malgré tout, Barnabé Milinganyo continue d’être soutenu par une partie de l’opinion qui voit en lui un acteur politique courageux et intellectuellement solide. Ses partisans estiment qu’il ose dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas. Mais ses détracteurs pensent au contraire qu’il confond liberté d’expression et communication à l’emporte-pièce. À chaque nouvelle sortie médiatique, Barnabé attire l’attention, crée le débat et se retrouve au centre de l’actualité, mais il s’expose aussi davantage à des conséquences judiciaires et politiques.
Quoi qu’il en soit, dans un pays marqué par des tensions sécuritaires et politiques, plusieurs analystes rappellent que certains mots peuvent rapidement enflammer l’opinion. Si le franc-parler de Barnabé Milinganyo lui permet de rester populaire et visible dans l’espace public, il pourrait aussi finir par mettre en danger sa carrière politique. Si cela l’a aidé à se propulser dans l’opinion, ce franc-parler pourrait aussi lui creuser une tombe avec ces attestations continues.













