En République démocratique du Congo, le débat autour de la révision de la Constitution continue de diviser, alors même que le pays reste confronté à une situation sécuritaire incertaine.
Par Gédéon ATIBU
Plusieurs régions de l’Est, notamment le Nord-Kivu, Sud-Kivu et l’Ituri, sont touchées par des violences armées et des groupes rebelles actifs, ce qui maintient le pays dans un climat de guerre bien réel. Dans ce contexte, de nombreuses voix estiment qu’ouvrir un front politique majeur sur la Constitution pourrait aggraver encore plus la situation.
Au sein du pouvoir, la position reste ferme et sans ambiguïté. Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a réaffirmé à plusieurs reprises que la Constitution sera modifiée, que les gens le veuillent ou pas.
« Nous allons changer la Constitution, de gré ou de force », a-t-il prévenu
Cette détermination, mieux, cette témérité est prise pour une volonté politique manifeste et assumée de vouloir changer la constitution pour offrir une rallonge au président congolais à la tête du pays alors même que mais qu’elle fait redouter une crise institutionnelle dans un pays déjà malmené par la guerre.
Sur le plan parlementaire, le groupe de l’opposition Ensemble a décidé de suspendre sa participation aux plénières de l’Assemblée nationale consacrées à la proposition de loi sur le référendum. Il dénonce une démarche jugée contraire à la Constitution et considère que le processus engagé pourrait ouvrir la voie à une modification des règles du jeu démocratique sans passer par un consensus national. La déclaration a été lue ce mercredi par Christian Mwando, président du groupe parlementaire. Une décision de boycott qui vient s’ajouter à d’autres démarches politiques qui ont précédé.
On se souvient que l’opposition a mis en place une coalition appelée C64, présentée comme un front politique et social de défense de la Constitution. Cette plateforme cherche à mobiliser plusieurs sensibilités, afin de renforcer la résistance contre toute tentative de changement constitutionnel que le pouvoir en place veut imposer.
Mais, en même temps, le pouvoir a créé la coalition C4 dans laquelle elle tient à impliquer beaucoup d’acteurs, notamment des religieux des églises de réveil. Un guerre politique qui montre que le débat dépasse désormais le cadre strictement politique et s’étend à la société civile.
Dans un pays déjà confronté à la guerre dans sa partie orientale, de nombreux observateurs redoutent que cette nouvelle crise politique n’entraîne un enlisement de la situation. Avec les conflits armés, les tensions institutionnelles et la radicalisation des positions politiques, le risque d’instabilité totale est de plus en plus grand. Plusieurs analystes estiment que si le pouvoir de Kinshasa persiste dans sa confrontation, les conséquences pourraient être difficiles à maîtriser.
Dans l’opinion publique, les inquiétudes sont également grandes face à ce bras de fer politique. Beaucoup estiment que les priorités devraient rester la restauration de la paix, la sécurité des populations et la stabilisation des zones de conflit…et la lutte contre l’épidémie d’Ebola qui vient à peine de surgir. Mais malgré ces appels, les positions restent figées entre pouvoir et opposition, chacun campant sur ses positions. Dans ce climat, les risques sont élevés, et seul l’avenir dira jusqu’où cette confrontation autour de la Constitution congolaise pourrait mener le pays.













