Crise du M23 : Kagame s’entête, défie les États-Unis, piétine l »accord de Washington et refuse de retirer ses troupes de la RDC

Quatre mois après la signature de l’accord de Washington présenté comme une avancée majeure vers la paix, la réalité sur le terrain est restée tout autre. Dans l’est de la RDC, les combats se poursuivent et les tensions ne se sont guère estimées. Au lieu d’un apaisement, les déclarations du président rwandais viennent plutôt jeter de l’huile sur le feu et fragiliser davantage les efforts diplomatiques en cours.

Par Gédéon ATIBU

Dans un entretien accordé à Jeune Afrique ce vendredi 3 avril, Paul Kagame affiche toujours son attitude belliqueuse vis-à-vis de la RDC. Il refuse clairement de retirer ses troupes du territoire congolais, malgré les engagements pris et les pressions exercées sur le Rwanda, notamment par les États-Unis. Pour lui, il n’est pas question de changer de position tant que le Rwanda estime être menacé, une manière de balayer d’un revers de main l’accord signé à Washington.

Comme pourraient le dire plusieurs observateur, la posture de Kagame est une provocation directe envers la communauté internationale, entre autres l’administration Trump qui n’a arrêté d’appeler à la désescalade, partant déjà du fait que le Rwanda doit retirer ses soldats de la RDC et arrêter tout soutien au M23. En maintenant ses forces en RDC, Kigali donne l’impression de narguer Washington, pourtant médiateur de l’accord, et de tourner en dérision tous les processus de paix engagés pour stabiliser la région. Le message envoyé est clair : le Rwanda n’entend pas se plier aux injonctions extérieures. Et comme l’insinuent certains analystes congolais, « Kagame n’entend que le langage des armes ».

Pour justifier sa position, Paul Kagame continue de mettre en avant la menace des FDLR, qu’il accuse d’être soutenues par Kinshasa. Pourtant, cette argumentation intervient au moment même où les FARDC ont annoncé lancer officiellement les opérations contre ce groupe armé dont le régime Kagame se sert constamment comme échappatoire pour justifier son agression en RDC. Face à ce contexte, il est donc difficile pour le dirigeant rwandais de convaincre par son discours pour autant qu’il apparaît clairement comme un prétexte utilisé pour maintenir une présence militaire rwandaise en RDC.

Le président rwandais va encore plus loin en dénonçant les sanctions américaines, qu’il qualifie d’injustes. Il estime que son pays est traité comme un coupable alors qu’il se considère comme une victime. Mais derrière ce discours, beaucoup voient une stratégie visant à ignorer les engagements internationaux tout en poursuivant des objectifs sécuritaires et économiques sur le sol congolais.

Sur la question du M23, Kagame reste fidèle à sa ligne. Il nie toute responsabilité directe et présente ce mouvement comme une affaire interne à la RDC. Pourtant, sur le terrain, la progression et le contrôle de nombreuses zones par cette rébellion continuent d’attester le soutien du Rwanda au M23, confirmant ainsi les accusations étayées même par l’ONU.

En refusant de céder et en maintenant ses troupes en RDC, Paul Kagame envoie un signal fort : les accords de paix et les pressions diplomatiques ne suffisent pas à infléchir sa position. Seule la force pourrait l’y contraindre. Mais, il faut le dire, cette attitude vient compliquer davantage les efforts pour mettre fin à la guerre alors que les espoirs d’une sortie de crise se multipliaient déjà dans l’opinion congolaise.

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