Crise politico-sécuritaire en RDC : quelque chose de bon peut-il venir de Bujumbura ?

La crise politique en République démocratique du Congo prend une nouvelle dimension avec les consultations qui s’ouvrent ce lundi 6 juillet à Bujumbura, au Burundi. Le président Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, reçoit plusieurs acteurs politiques et religieux congolais pour discuter de la situation du pays. Parmi eux figurent des leaders de la coalition d’opposition C64, ainsi que des représentants de l’Église catholique et de l’Église du Christ au Congo (ECC).

Par Gédéon ATIBU

Une initiative qui intervient dans un contexte où des tensions politiques et même sécuritaires en RDC sont tellement vives, notamment autour du projet de changement de la constitution (sur le plan politique) et de la guerre du M23 (du côté sécuritaire).

Ces consultations réunissent notamment Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Dieudonné Bolengetenge et Francklin Tshiamala. Selon leurs proches, l’opposition compte présenter des revendications claires, en particulier le souhait de voir l’abandon du projet de changement de la Constitution et le retrait de la loi référendaire en voie d’être promolguée par Félix Tshisekedi. Martin Fayulu attendrait du président burundais qu’il transmette ces positions au chef de l’État congolais, dans un contexte où le dialogue direct entre le pouvoir et l’opposition reste difficile pour l’instant.

Cette initiative est considérée par certains analystes comme une tentative de désamorcer une crise politique qui ne continue d’enfler. En effet, l’opposition se mobilise depuis plusieurs semaines contre ce qu’elle considère comme une trahison par Félix Tshisekedi, avec en ligne de mire l’idée d’un 3e mandat. Une grande manifestation nationale était déjà annoncée pour le 8 juillet prochain, comme pression directe sur le pouvoir. Dans ce climat, la médiation de Bujumbura se révèle être une tentative d’amoindrir les probables chocs et de mener à une désescalade.

Mais la démarche suscite aussi des interrogations sur la neutralité du médiateur. Le Burundi est aujourd’hui un allié très proche de la République démocratique du Congo, notamment dans le cadre des opérations militaires menées dans l’est du pays contre les groupes armés, dont le M23. Ce rapprochement avec Kinshasa fait planer des doutes sur la capacité du président burundais à jouer un rôle totalement impartial dans cette crise politique.

C’est dans ce contexte que plusieurs voix critiques se font entendre. L’ancienne ministre et cadre du FCC, Marie-Ange Mushobekwa, exprime ses réserves en ces termes :

« Quelqu’un qui fait partie d’un conflit n’a pas la neutralité requise pour être médiateur ni facilitateur dans ce même conflit. Il est juge et partie, et cela altère sa démarche. Fuite en avant et perte de temps », réagit la Kabiliste à la démarche du dirigeant burundais.

La prise de position de cette opposante résume en fait une partie des inquiétudes autour de cette initiative. Pour certains observateurs, un médiateur connu comme proche d’une des parties au conflit ne risque-t-il de rouler pour celui qui l’a mandaté ? Comment saura-t-il prouver sa neutralité sans essayer de pencher en faveur du gouvernement congolais dont il est proche? Que des questions sans réponses.

Quoi qu’il en soit, une autre lecture peut aussi découler de ces interrogations. Certains estiment que l’amitié entre Bujumbura et Kinshasa pourrait justement faciliter la transmission de messages du régime congolais auprès des opposants politiques. Dans cette hypothèse, le président burundais agirait comme un canal pour passer le message du régime de Kinshasa à ses adversaires les plus redoutables et ainsi éviter une confrontation directe entre le pouvoir et l’opposition

Mais, en attendant, la question centrale reste donc entière : quelque chose de bon peut-il réellement sortir de Bujumbura ? Les consultations en cours permettront de savoir si cette initiative mène à une désescalade ou si elle ne fait que déplacer le débat sans apporter de solutions réelles à la crise politique et sécuritaire congolaise.

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