Crise politique en RDC : L’aube pointe-t-elle enfin à l’horizon ?

Depuis plusieurs mois, la crise politique ne cesse de prendre de l’ampleur en République démocratique du Congo. À l’origine de cette nouvelle tension, il y a la volonté du pouvoir de changer la Constitution à travers un référendum. Le projet de loi qui encadre ce référendum a déjà été adopté par l’Assemblée nationale et le Sénat. Le président Félix Tshisekedi a annoncé l’avoir transmis à la Cour constitutionnelle afin qu’elle vérifie sa conformité à la Constitution, avant sa promulgation. Mais pour l’opposition, cette étape ne change rien au problème. Elle estime que ce projet doit être arrêté avant qu’il n’aille plus loin.

Par Gédéon Antibu

Pour faire entendre sa voix, l’opposition a choisi de passer progressivement à l’action. Elle a d’abord appelé à une journée ville morte, puis elle a organisé un sit-in devant le Palais du peuple le 12 juin. Cette mobilisation a retenu l’attention dans tout le pays et même à l’étranger. Les opposants ont ensuite annoncé une grande manifestation le 8 juillet sur toute l’étendue du territoire national, avec comme objectif de dénoncer le projet de changement de la Constitution et d’exiger la démission du président de la République. D’ailleurs, à Kinshasa, cette marche devait se terminer au Palais de la Nation, où se trouvent les bureaux du chef de l’État.

Et, plus cette date approchait, plus la mobilisation semblait gagner du terrain. Dans plusieurs villes, notamment à Kisangani, Lubumbashi, Kolwezi et ailleurs, les préparatifs se poursuivaient et les appels à participer devenaient de plus en plus nombreux. L’appel lancé par la CENCO contre tout changement de la Constitution est aussi venu renforcer la démarche des opposants. Nombreux observateurs commençaient alors à se demander si la journée du 8 juillet n’allait pas marquer un tournant décisif dans la crise politique congolaise.

C’est justement à ce moment que les choses ont commencé à évoluer. Selon plusieurs informations rapportées par différentes sources, Kinshasa aurait sollicité le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, afin qu’il rencontre les principaux leaders de l’opposition avant le 8 juillet. Jean-Marc Kabund, Martin Fayulu, Delly Sessanga et d’autres responsables politiques sont annoncés à cette rencontre. D’autres informations, qui n’ont pas encore été confirmées officiellement, évoquent également une invitation adressée à Joseph Kabila, qui pourrait être représenté par Raymond Tshibanda, coordonateur du Front commun pour le Congo.

Malgré l’issue de cette démarche, il n’y a aucun doute qu’il y a un grand changement observé. Depuis plusieurs mois, en effet, le pouvoir affirmait qu’il n’y avait pas de crise politique et rejetait toute idée de dialogue avec ses adversaires. Aujourd’hui, le fait qu’une rencontre avec les opposants puisse être facilitée par un chef d’État considéré comme proche de Kinshasa donne l’impression que les positions commencent à évoluer. Ce n’est peut-être pas encore un dialogue direct, mais cela ressemble à un premier pas vers une décrispation politique en vue d’une sortie de crise dans le pays.

D’autres informations, elles aussi non confirmées officiellement, vont dans le même sens. Elles indiquent que la promulgation de la loi sur le référendum pourrait être retardée afin de prévenir toute situation politique incertaine. Elles parlent également de discussions qui pourraient s’ouvrir avec les forces politiques de l’opposition et même avec l’AFC/M23, mais sans Joseph Kabila. Pour l’instant, rien n’est officiel, mais ces informations donnent l’idée que le pouvoir réfléchit peut-être à une nouvelle approche, voulue par une grande partie de l’opposition politique.

Le calendrier pousse en tout cas à s’interroger. Pendant plusieurs semaines, le pouvoir affichait une position très ferme. Il répétait qu’il n’y aurait pas de dialogue, que l’opposition était faible et que le projet de changement de la Constitution suivrait son cours malgré les dénonciations et les critiques. Pourtant, c’est au moment où la manifestation du 8 juillet semblait prendre une ampleur nationale que des signes d’ouverture ont commencé à apparaître. Cela n’est donc pas anodin ni une simple coïncidence.

Il faut dire qu’une telle manifestation représentait un véritable défi. Personne ne pouvait prévoir combien de personnes allaient répondre à l’appel, ni comment les événements allaient évoluer si les manifestants arrivaient jusqu’au Palais de la Nation. Dans un contexte politique déjà très tendu, le moindre incident pouvait avoir des conséquences difficiles à maîtriser. Le pouvoir avait donc tout intérêt à éviter un tel accrochage aux tournures imprévisibles.

L’opposition a finalement accepté de reporter sa manifestation au 22 juillet afin de laisser une chance à cette médiation. Ce report ne signifie pas que la crise est terminée. Il montre simplement que les opposants veulent d’abord voir si cette initiative peut produire des résultats. Si les discussions échouent ou si elles n’apportent aucune avancée, la mobilisation pourrait reprendre avec encore plus de force, surtout si d’autres acteurs, comme l’Eglise catholique, décident à leur tour de s’y lancer.

Il est donc encore trop tôt pour dire que la RDC est sortie de cette crise. Les désaccords restent là et beaucoup de questions attendent encore des réponses. Mais les dernières attitudes des dirigeants congolais montrent au moins une chose : les positions ne semblent plus aussi fermées qu’il y a quelques semaines. Dans une crise politique, ce n’est pas un fait à sous-estimer.

L’aube pointe-t-elle vraiment à l’horizon ? Personne ne peut encore l’affirmer. Mais le simple fait que des discussions soient aujourd’hui évoquées, alors qu’elles étaient rejetées hier, montre que les lignes commencent peut-être à bouger. Si cette ouverture se confirme dans les prochains jours, elle pourrait offrir une occasion de faire baisser la tension et de chercher une solution politique à une crise qui, jusqu’à présent, semblait s’enfoncer chaque jour un peu plus.

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