En pleine guerre contre le M23 dans l’Est de la RDC, une enquête révèle une réalité qui choque. Des avions militaires, utilisés normalement pour transporter des soldats et des armes, seraient aussi utilisés pour faire voyager des civils en échange de l’argent.
Par Gédéon ATIBU
Selon une investigation publiée ce 22 avril par Factualité Afrique, un centre de recherche et d’expertise spécialisé dans l’information et les enquêtes, un système parallèle se serait installé autour de ces vols. Des officiers, des intermédiaires et même des membres de l’équipage seraient impliqués. Une situation qui se passe dans une zone déjà très instable, où les populations manquent de moyens pour se déplacer.
Le fonctionnement de ce système est simple, révèle l’enquête : des personnes cherchent des clients et leur proposent une place dans un avion militaire. Le prix varie souvent entre 100 et 200 dollars. Parfois, certains voyagent gratuitement, surtout s’ils ont des liens avec des militaires. Ce système attire beaucoup de monde, surtout parce que les routes sont impraticables et que les avions civils sont souvent pleins. Pour beaucoup de voyageurs, c’est devenu une solution rapide, même si c’est à leurs risques et périls.
Un témoignage raconte comment un passager, bloqué à Goma sans billet pour Beni, a été appelé à la dernière minute pour embarquer dans un avion militaire. Il a dû se dépêcher, payer en liquide et entrer à l’aéroport grâce à un contact. Une fois à bord, il découvre un avion rempli de civils, sans sièges, avec des caisses de munitions utilisées comme bancs. Il n’y a pas eu de contrôle de son identité, ni de vérification de ses bagages. Le vol s’est fait dans des conditions très simples, sans les règles habituelles de sécurité.
Ce même passager explique aussi que le retour s’est organisé de la même manière. Il a reçu une simple feuille avec des noms qui ne correspondaient même pas à sa vraie identité. Il était présenté comme membre d’une famille militaire qu’il ne connaissait pas. À l’aéroport, personne ne vérifie vraiment les bagages. Des sacs, des marchandises et même des animaux sont chargés sans contrôle. Ce désordre montre que ces vols échappent à toute règle normale.
L’enquête parle aussi de trafic de minerais. Des colis venant de zones comme Walikale ou Beni sont transportés dans ces avions sans être fouillés. Certains militaires empêchent même toute vérification. Une fois arrivés, ces colis sont récupérés et envoyés vers des circuits de vente illégaux. Il est aussi question de viande de brousse et d’autres produits transportés dans ces mêmes conditions. Cela montre que ces vols servent à bien plus que transporter des passagers alors qu’au départ, ils sont censés servir uniquement pour la guerre.
Face à ces révélations, explique Factualité Afrique, l’armée reconnaît que les avions peuvent transporter des familles de militaires, ce qui est normal. Mais elle dit ne pas être au courant de ce système de vente de places et de trafic. Elle demande des preuves pour comprendre ce qui se passe réellement. En attendant, cette affaire conduit a beaucoup de questions, surtout dans une région déjà touchée par la guerre et l’insécurité.
Il y a quelques années, Félix Tshisekedi en séjour dans l’Est avait dénoncé la mafia et la magouille au sein de l’armée, à cause desquelles les défaites de la RDC étaient régulièrement face à l’ennemi. Si ces faits sont avérés, l’on peut bien conclure qu’à la place de se concentrer sur des questions de sécurité, des officiers et leurs collaborateurs nagent dans une recherche effrénée de l’argent, donnant à l’ennemi plus de chance de gagner du terrain.













