Dialogue national en RDC : pourquoi Félix Tshisekedi change enfin de stratégie ?

Par Charles Muhindo

Pendant plus d’une année, Félix Tshisekedi est resté inflexible. Malgré les appels lancés par la CENCO, l’ECC, plusieurs acteurs politiques et certains partenaires de la République démocratique du Congo, il n’était pas question d’organiser un dialogue national réunissant l’ensemble des forces politiques et sociales du pays. Au contraire, cette proposition était régulièrement rejetée par le pouvoir. Plusieurs figures de la majorité présidentielle avaient même vivement critiqué les évêques catholiques et les responsables de l’Église protestante, les accusant d’agir au profit de Kigali.

Par Charles Muhindo

Le vendredi 17 juillet 2026, le chef de l’État a pourtant opéré un revirement. En recevant les responsables de la CENCO et de l’ECC, il a accepté le principe d’un dialogue national inclusif. Une décision qui soulève une question centrale : pourquoi maintenant ?

Ce changement intervient dans un contexte bien différent de celui qui prévalait il y a quelques mois. Depuis la prise de Goma au début de l’année 2025, la crise sécuritaire dans l’est du pays s’est aggravée. Les initiatives diplomatiques se sont multipliées, sans parvenir, jusqu’à présent, à mettre un terme au conflit. Dans le même temps, les appels en faveur d’un dialogue national n’ont cessé de gagner en intensité.

Kinshasa n’avait-il plus d’autre choix ?

Une première lecture consiste à considérer que le pouvoir s’est retrouvé confronté à une situation devenue particulièrement difficile à maîtriser.

Sur le plan militaire, l’AFC/M23 contrôle toujours plusieurs territoires dans l’est du pays. Malgré les discussions engagées à Doha, les efforts diplomatiques menés à Luanda et l’accord signé sous l’égide des États-Unis entre la RDC et le Rwanda, la situation sur le terrain demeure largement inchangée.

Parallèlement, plusieurs observateurs évoquaient le risque d’une progression des rebelles vers le sud du Sud-Kivu, avec une possible extension des combats jusqu’au Tanganyika. Une telle évolution aurait pu fragiliser davantage le pays, le Grand Katanga représentant le principal bassin minier de la RDC. Une dégradation de la situation dans cette région aurait également eu des conséquences économiques majeures, alors que Kinshasa mise sur ses minerais stratégiques pour attirer davantage d’investissements internationaux, notamment américains.

Dans le même temps, les différentes initiatives diplomatiques semblaient atteindre leurs limites. Le processus de Luanda s’est essoufflé, les discussions de Doha n’ont pas encore produit les résultats espérés et l’accord de Washington n’a pas permis de mettre fin aux hostilités.

À Kinshasa, la pression politique montait également. L’opposition amorçait un rapprochement autour de la coalition C64, tandis que les appels aux manifestations se multipliaient. Les Églises catholique et protestantes continuaient, elles aussi, de plaider pour un dialogue inclusif. Plusieurs mouvements citoyens s’opposaient également au projet de révision constitutionnelle.

Dans ce contexte, accepter le dialogue pouvait apparaître comme une tentative d’apaiser les tensions politiques tout en recherchant une nouvelle voie après les limites des options militaire et diplomatique.

Ou un moyen de gagner du temps ?

Une seconde hypothèse est avancée par certains observateurs.

Selon eux, l’annonce d’un dialogue national permet au pouvoir de répondre à une revendication portée depuis plusieurs mois par les Églises et une partie de l’opposition. L’ouverture de ce processus pourrait contribuer à réduire la pression politique, tandis que les préparatifs, les consultations et les discussions offriraient au pouvoir un délai pour se réorganiser.

Cette hypothèse reste toutefois à vérifier. Tout dépendra des modalités d’organisation du dialogue. Si toutes les composantes concernées y sont effectivement associées et que les discussions débouchent sur des décisions concrètes, cette initiative pourra être interprétée comme une véritable ouverture politique.

En revanche, si certaines parties sont exclues ou si les conclusions restent sans effet, certains observateurs pourraient y voir une stratégie destinée à gagner du temps face aux pressions sécuritaires et politiques.

À ce stade, plusieurs interrogations demeurent. Ni la date, ni le lieu, ni la composition exacte des participants ne sont encore connus. La principale question porte sur le caractère réellement inclusif du dialogue. L’ensemble de l’opposition y participera-t-il ? L’ancien président Joseph Kabila sera-t-il associé ? La question de l’AFC/M23 figurera-t-elle parmi les sujets abordés ? Autant d’éléments qui seront déterminants pour la crédibilité du processus.

L’histoire politique de la RDC montre que le dialogue n’est pas inédit. De la Conférence nationale souveraine au dialogue intercongolais de Sun City, en passant par les Concertations nationales et l’Accord de la Saint-Sylvestre, plusieurs crises ont été abordées autour de la table des négociations. Certaines initiatives ont permis des avancées, d’autres ont laissé un sentiment d’inachevé.

Cette fois encore, les Congolais jugeront les résultats davantage que les annonces. L’acceptation du dialogue par Félix Tshisekedi constitue un tournant politique majeur. Mais ce changement ne prendra tout son sens que si le processus est réellement inclusif et s’il débouche sur des réponses concrètes à une crise qui dure depuis trop longtemps. À défaut, il pourrait être perçu comme une simple manœuvre politique destinée à desserrer l’étau autour du pouvoir.

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