Double report de la marche de la coalition C64? Félix Tshisekedi joue finement ses cartes et tente de stopper les ardeurs des opposants

Double report de la marche de la coalition C64? Félix Tshisekedi joue finement ses cartes et tente de stopper les ardeurs des opposants

La pression politique commençait à être plus grande autour du pouvoir de Félix Tshisekedi. Alors que la situation sécuritaire reste intenable dans l’Est du pays avec le M23 dans plusieurs zones, une nouvelle bataille se jouait également sur le terrain politique. La coalition C64, chapeautée par plusieurs leaders de l’opposition, commençait peu à peu à constituer un véritable contrepoids en dénonçant la gestion du pays et surtout les tentatives de changement de la constitution.

Par Charles Muhindo

Après une première journée ville morte, la C64 avait organisé le 12 juin dernier un sit-in devant le Palais du peuple à Kinshasa. Cette manifestation avait fini par des affrontements entre certains manifestants, les services de sécurité et des partisans du pouvoir. Les principaux leaders de l’opposition avaient alors été blessés et les images de ces accrochages avaient fait le tour des réseaux sociaux, jusque même à l’international.

La marche prévue le 8 juillet était donc très attendue. Les opposants voulaient cette fois-ci se diriger vers le Palais de la Nation pour réclamer notamment la démission de Félix Tshisekedi. Au regard de la mobilisation qui était en cours, plusieurs observateurs estimaient que cette manifestation risquait de prendre une autre dimension et déboucher sur d’imprrvisibles conséquences.

Mais cette marche n’a finalement pas eu lieu à la date prévue. Plus tôt, Félix Tshisekedi a échangé avec son homologue burundais Évariste Ndayishimiye. Ce dernier a ensuite invité les responsables de la C64 à Bujumbura pour des discussions. À la suite de ces échanges, la manifestation du 8 juillet a été reportée.

Pour certains observateurs, ce décalage a permis au chef de l’État de calmer une situation qui allait peut-être dégénérer. Alors que les opposants étaient mobilisés pour descendre dans la rue, le déplacement au Burundi a bouleversé le calendrier. Mais le jeu n’était pas totalement joué. La C64 avait annoncé une nouvelle manifestation pour le 22 juillet. Cette fois encore, alors que la mobilisation semblait prendre de l’ampleur, Félix Tshisekedi a ouvert une nouvelle voie en annonçant son ouverture à un dialogue national inclusif avec les fils et filles du pays.

Cette position a surpris plusieurs Congolais, car le dialogue inclusif était réclamé depuis plusieurs mois par l’opposition et les confessions religieuses, mais le pouvoir ne se montrait pas favorable. Le 17 juillet, le président de la République a échangé avec les responsables de la CENCO et de l’ECC sur cette question.

Le lendemain, ce samedi 18 juillet, les 2 confessions religieuses ont rencontré les responsables de la C64 à l’Archevêché de Kinshasa. Au cours de cette rencontre, elles ont demandé à la coalition de reporter sa marche prévue le 22 juillet afin de donner une chance au dialogue annoncé.

« La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) ont rencontré, ce samedi 18 juillet 2026 à l’Archevêché de Kinshasa, les responsables de la plateforme de l’opposition C64. Au cours de cette réunion, les 2 confessions religieuses ont sollicité le principe d’un report de la marche prévue par cette coalition politique le 22 juillet prochain », a-t-on lu sur les réseaux sociaux de la CENCO.

Même si la réunion qui a suivi de la coalition C64 n’a formellement pas débouché sur une annonce de report pour l’instant, les leaders de l’opposition affirmant observer avant tout la bonne foi du chef de l’Etat, Félix Tshisekedi semble être en train de réussir à reprendre la main sur la situation politique. En quelques jours, 2 manifestations qui s’annonçaient fortes et qui pouvaient représenter une véritable pression contre son régime pourraient donc être décalées, sinon atténuées en terme de mobilisation. Dans cette hypothèse, le président congolais aura ainsi réussi à déplacer la rue vers la table pour des discussions. Si tel devenait le cas, il aura réussi à désamorcer la bombe et à couper de l’herbe sous les pieds de ses adversaires.

En attendant, les mêmes questions reviennent : le dialogue annoncé sera-t-il réellement inclusif ? Quels acteurs vont y participer ? Va-t-il apporter des réponses aux revendications de l’opposition ou sera-t-il seulement un moyen de faire stopper la tension ? Seul l’avenir permettra de répondre à ces interrogations. Pour l’instant, certains estiment que Félix Tshisekedi est sur le point de réussir à désamorcer une situation qui pouvait devenir difficile à contrôler, même si, si le dialogue ne produisait pas de résultats attendus, la suite pourrait être encore plus explosive.

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