Par Emmanuel Medina
Réunis en urgence à Dakar, au Sénégal, les experts en santé publique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont acté le renforcement des mesures de surveillance transfrontalière. L’objectif est d’ériger un bouclier sanitaire pour éviter toute propagation de la maladie à virus Ebola dans la sous-région, alors que de nouveaux foyers épidémiques inquiètent en Afrique centrale et de l’Est.
L’heure est à l’anticipation pour les autorités sanitaires de l’afrique de l’ouest. Face à la résurgence de cas de fièvre hémorragique Ebola signalés récemment en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, la CEDEAO refuse de céder à la complaisance. Les responsables régionaux et les spécialistes de la santé se sont rassemblés dans la capitale sénégalaise pour harmoniser les stratégies de riposte et verrouiller les maillons faibles de la sécurité sanitaire régionale.
Lors de l’ouverture des travaux, Mamadou Diarrassouba, directeur exécutif du Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies de la CEDEAO (RCSCD), s’est voulu rassurant mais d’une fermeté absolue sur la discipline à observer.
« Même si les évaluations actuelles indiquent un risque relativement faible pour l’Afrique de l’Ouest, nous devons maintenir un haut niveau de vigilance », a-t-il martelé devant l’assemblée. Pour le patron du RCSCD, la passivité n’est pas une option face à un virus au potentiel dévastateur.
Sur le terrain, la machine de prévention est déjà en marche. Plusieurs États membres de l’organisation ouest-africaine n’ont pas attendu la fin des concertations de Dakar pour agir. Ils ont officiellement activé leurs protocoles nationaux d’urgence sanitaire.
Les mesures immédiates intègrent le renforcement strict des contrôles thermiques et sanitaires dans les aéroports internationaux, le durcissement de la surveillance épidémiologique aux frontières terrestres et maritimes, et le déploiement de brigades d’inspection rapide aux principaux points d’entrée des marchandises et des voyageurs.
Ces dispositifs visent un but unique celui de détecter, isoler et prendre en charge instantanément le moindre cas suspect avant qu’une chaîne de transmission locale ne puisse se former.
Cette posture ultra-proactive de la CEDEAO n’est pas le fruit du hasard. La mémoire collective régionale reste profondément marquée par la terrible tragédie sanitaire qui a secoué l’afrique de l’ouest entre 2014 et 2016. Cette épidémie, la plus meurtrière de l’histoire depuis la découverte du virus en 1976, avait pris de court les institutions.
Plus de 11 000 décès officiellement enregistrés et trois pays durement touchés et déstabilisés : la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, des systèmes de santé nationaux totalement asphyxiés et des économies locales paralysées.
C’est forts de ces enseignements douloureux que les décideurs actuels mesurent l’importance cruciale d’agir en amont des crises.
Pour la CEDEAO, l’immunité collective de la région dépendra de la qualité de la coopération interétatique. Le partage d’informations en temps réel entre les laboratoires nationaux de référence et la transparence sur les données épidémiologiques sont les clés de voûte de cette muraille sanitaire.
Mamadou Diarrassouba a résumé cette philosophie en une formule percutante qui sonne comme un avertissement aux ministères des Finances de la sous-région : « En matière de sécurité sanitaire, la préparation coûte toujours moins cher que la réaction. »
Alors que l’attention internationale reste également tournée vers les grands événements mondiaux, la CEDEAO rappelle que la sécurité sanitaire demeure la priorité absolue pour garantir la stabilité et le développement économique de ses quinze États membres. Les conclusions de la rencontre de Dakar serviront de feuille de route immédiate pour les semaines à venir.













