Pour les Congolais du Nord-Kivu, le malheur importé par la guerre n’est pas venu seul. Avec lui, une cohorte d’autres faits dramatiques souvent directement liés ou plutôt concomutants.
Par Reporter. CD
Alors que les deuils précédents ne sont pas levés, un nouvel éboulement de terre a été enregistré dans le site minier de Gasasa, dans la cité minière de Rubaya, en territoire de Masisi (Nord-Kivu), le vendredi 27 mars dernier dans la matinée. Selon des informations relayées à ce sujet, le drame s’est produit au moment où les creuseurs artisanaux descendaient dans les puits pour commencer leur travail comme ils en ont l’habitude. Deux galeries se sont effondrées sur plusieurs personnes. Le bilan encore provisoire fait état de près de 10 morts au côté d’une dizaine de blessés. Selon des témoins, le nombre de victimes aurait été beaucoup plus dramatique si l’éboulement avait eu lieu un peu plus dans la journée.
Dans la cité minière de Rubaya, les creuseurs travaillent dans des conditions souvent très difficiles, sans sécurité et sur des sols fragiles surtout à des moments pluvieux. Malgré tous les risques, ils continuent pour leur survie. Considérée comme l’un des plus importants générateurs des recettes pour l’Etat au Nord-Kivu, la zone est aujourd’hui sous contrôle du M23, un groupe rebelle soutenu par le Rwanda. Face à l’absence de l’autorité de l’État, toute organisation du travail y est très compliquée, laissant ainsi place à une exploitation sans règles.
Mais ce nouveau drame n’est pas un cas isolé. Il s’agit d’un troisième éboulement meurtrier en moins d’un mois. Au début du mois de mars, particulièrement, un autre glissement de terrain sur le même site de Gasasa a fait des centaines de morts selon des sources locales (plus de 200 victimes, avait-on appris). Avant cela, à la fin du mois de janvier, un autre éboulement avait encore coûté la vie à plusieurs centaines de personnes (près de 500 morts selon des chiffres avancés par des sources civiles). À chaque fois, les creuseurs retournent travailler quelques jours après, faute d’alternative.
Le M23 y est-il pour quelque chose?
Ces drames répétitifs sont devenus un cycle infernal pour les creuseurs. La richesse du sol de Rubaya, surtout en coltan, attire beaucoup de monde, mais elle devient aussi une source de mort pour des citoyens congolais. Les appels à arrêter ou à mieux encadrer l’exploitation minière ne sont pas suivis d’effets. L’activité continue, comme si la vie humaine passait après les minerais qui, homme on le sait aaujourd’hui, profitent largement au M23 et au Rwanda.
Dans ce contexte, une question se pose de plus en plus : le M23 n’est-il pas en train de devenir un véritable porte-malheur pour les creuseurs de Rubaya ? Depuis que cette zone est sous son contrôle, les drames semblent se multiplier et se succéder sans qu’aucune mesure adéquate ne soit prise par les autorités de fait. Même si les causes directes des éboulements sont liées aux conditions de travail et à la fragilité du sol, le fait que ces activités se déroulent sans encadrement pousse à endosser la responsabilité à la rébellion. Ces drames répétitifs de ces derniers mois sont interprétés aussi comme un malheur qui s’abat sur Rubaya, du fait de la présence du M23, même si, sur un autre registre, ces éboulements représentent aussi un manque à gagnet pour le groupe armé lui-même.
Les mines de Rubaya sont, en effet, une source importante de revenus pour la rébellion. La mort de nombreux creuseurs en peu de temps peut ralentir l’exploitation et entraîner une baisse des recettes. Ce n’est peut-être pas un coup fatal, mais c’est un manque à gagner réel dans un contexte où le régime de Kigali, parrain du M23, est également déjà sous sanctions américaines à travers son armée.
Il y a quelques semaines, les États-Unis ont annoncé des sanctions visant certains responsables de l’armée rwandaise. Or, les minerais de Rubaya sont souvent cités comme une source de financement indirecte à Kigali.












