Le Katanga continue d’attirer de nombreux Congolais venus d’autres provinces à la recherche d’une vie meilleure. Ces dernières années, le phénomène est particulièrement observé chez les habitants du Grand Kasaï et du Grand Bandundu, qui prennent la direction du Haut-Katanga et du Lualaba, principalement vers Lubumbashi et Kolwezi.
Par Charles Muhindo
Pour beaucoup d’entre eux, ces deux villes représentent des endroits où il est encore possible de trouver un emploi, de faire du petit commerce ou de se lancer dans une activité liée aux mines. La richesse minière du Katanga entretient l’image d’une région où les opportunités seraient plus nombreuses qu’ailleurs, surtout pour les jeunes sans emploi et les familles confrontées à de grandes difficultés économiques.
Sur les routes, le phénomène est de plus en plus visible. Les véhicules qui quittent Lubumbashi ou Kolwezi pour transporter des marchandises vers Mbuji-Mayi et d’autres villes du Kasaï repartent souvent avec de nombreux passagers désireux de rejoindre le Haut-Katanga. Mbuji-Mayi demeure ainsi un point de passage important pour une grande partie de ces voyageurs.
Dans le Grand Kasaï, certains habitants expliquent leur départ par l’impossibilité de vivre décemment de leurs activités. Le manque d’emplois, les difficultés à se nourrir et les faibles revenus poussent de nombreuses familles à tenter leur chance ailleurs. Interrogée par Radio Okapi, une habitante de Katanda, qui rejoint son mari à Lubumbashi, affirme que même l’agriculture ne permet plus toujours de subvenir aux besoins de sa famille.
« Dans le Haut-Katanga, si tu as un peu d’argent, tu peux te débrouiller et nourrir tes enfants. Ce n’est pas le cas ici. Nous connaissons la famine. Il est difficile d’habiller les enfants. Tu cultives ton champ, mais les récoltes sont volées. La souffrance dépasse les limites », témoigne-t-elle.
D’autres voyageurs quittent également leur milieu à la suite de la baisse des activités qui leur procuraient des revenus. L’un d’eux explique qu’il travaillait dans l’exploitation artisanale du diamant, mais qu’il ne trouve désormais plus suffisamment de minerais. Il se rend donc à Lubumbashi dans l’espoir de trouver une autre activité.
« Je travaillais dans les mines de diamant. Actuellement, il n’y a plus de minerais. Je pars à Lubumbashi. Beaucoup d’autres personnes sont déjà parties », confie-t-il à la radio onusienne.
De nombreux témoignages font état de localités où plusieurs habitants ont déjà quitté leurs villages pour le Haut-Katanga. Des jeunes, mais aussi des femmes et des enfants, prennent la route, donnant l’impression que certaines localités se vident progressivement au profit du Katanga, perçu par certains comme un endroit où les conditions de vie sont meilleures.
Toutefois, tous ne partent pas pour les mêmes raisons. Certains rejoignent des membres de leur famille ou leur conjoint déjà installés au Katanga, tandis que d’autres s’y rendent pour poursuivre leurs études. C’est notamment le cas de certains jeunes du Grand Bandundu qui comptent sur leurs proches établis à Lubumbashi pour poursuivre leur cursus académique.
Derrière ces différents motifs demeure cependant une même aspiration : la recherche d’une vie meilleure. Le Katanga est réputé être une terre où il est possible de se débrouiller grâce aux mines, au commerce ou aux échanges avec les pays voisins, notamment la Zambie. Cette réputation incite de nombreuses personnes sans emploi à tenter leur chance.
Le voyage s’effectue parfois dans des conditions particulièrement difficiles. Des hommes et de jeunes garçons sont transportés sur le toit des véhicules, tandis que certains camions prennent à leur bord un très grand nombre de passagers, parmi lesquels des femmes et des enfants. Malgré ces risques, beaucoup préfèrent partir plutôt que de rester dans des localités où ils estiment que la situation économique est devenue insoutenable.
Quoi qu’il en soit, ce phénomène reflète plus largement les difficultés économiques auxquelles sont confrontées plusieurs provinces de la République démocratique du Congo. Le Grand Kasaï et le Grand Bandundu ne manquent pourtant ni de terres ni de ressources. En revanche, les possibilités d’emploi et de revenus restent insuffisantes pour garantir des conditions de vie décentes à une grande partie de la population, en particulier aux jeunes.
Le Katanga, de son côté, n’est pas nécessairement l’Eldorado que certains imaginent. Le coût de la vie y est élevé, l’accès à un emploi stable n’y est pas garanti et les activités minières ne profitent pas à tous. Certains nouveaux arrivants finissent d’ailleurs par repartir lorsqu’ils ne trouvent pas les conditions de vie qu’ils espéraient. D’importants efforts restent donc à accomplir pour assurer le bien-être socio-économique de l’ensemble des citoyens.
Malgré cela, le mouvement se poursuit. Pour une partie de ceux qui quittent le Grand Kasaï ou le Grand Bandundu, le choix paraît simple : tenter leur chance au Katanga plutôt que de rester sans perspective dans leur province d’origine. Une question demeure toutefois : pourquoi autant de Congolais sont-ils contraints de parcourir des centaines de kilomètres pour rechercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas chez eux ? Tant que cette interrogation restera sans réponse, le Katanga continuera probablement d’attirer ceux qui espèrent y bâtir une vie meilleure.
Ce constat relance également le débat sur la gouvernance et le développement équilibré des provinces. Alors qu’une partie de la population fait face à une grande précarité, d’autres catégories, notamment au sein des élites politiques et économiques, sont régulièrement accusées par leurs détracteurs de bénéficier d’un niveau de vie largement supérieur.
Ces derniers jours, des critiques du régime du président Félix Tshisekedi ont interprété l’exode vers le Katanga de nombreux habitants du Grand Kasaï comme un signe de l’incapacité des pouvoirs publics à améliorer durablement les conditions de vie dans plusieurs provinces, y compris celles où le chef de l’État bénéficie traditionnellement d’un fort soutien électoral. Selon eux, cette migration illustre les difficultés persistantes auxquelles sont confrontés de nombreux Congolais en quête d’opportunités économiques. Il s’agit toutefois d’une lecture politique parmi d’autres d’un phénomène complexe, dont les causes sont à la fois économiques, sociales et démographiques.













