La célébration des 66 ans d’indépendance de la République démocratique du Congo coïncide avec la qualification historique des Léopards pour les 16es de finale de la Coupe du monde, 52 ans après leur première participation, marquée par un parcours difficile en 1974. En plus de six décennies, le secteur sportif congolais figure parmi les rares domaines ayant connu une évolution notable en RDC.
Par Patient MBY
Les prouesses sont remarquables. L’équipe nationale congolaise compte deux titres de la Coupe d’Afrique des nations remportés sous le Zaïre (1968 et 1974), une première participation à la Coupe du monde en 1974, ainsi que deux titres du Championnat d’Afrique des nations (CHAN), remportés en 2009 et en 2016. Après plusieurs années de disette, les Léopards ont fait leur retour sur la scène mondiale en participant à nouveau à la Coupe du monde, 52 ans après leur première apparition. Loin de se contenter d’une simple participation, les Congolais ont marqué leur empreinte en se qualifiant pour les 16es de finale.
En parallèle, les clubs congolais, majoritairement détenus par des particuliers, ont également réalisé des exploits sur la scène africaine et mondiale. À l’instar du Tout-Puissant Mazembe, plusieurs fois participant à la Coupe du monde des clubs et finaliste en 2010, ainsi que de Lupopo, de l’AS Vita Club et du DCMP, qui ont marqué l’histoire du football congolais et africain.
Cependant, le secteur sportif congolais reste confronté à plusieurs défis structurels, en dépit des avancées significatives enregistrées au cours de ces 66 dernières années. À noter que l’équipe nationale est composée à plus de 90 % de binationaux formés en Europe et qu’aucun joueur évoluant dans le championnat national ne figure dans l’effectif actuel.
Cette réalité met en évidence la dépendance à l’égard de l’Europe dans le football congolais, mais aussi le manque d’encadrement des talents locaux. Faut-il rappeler que la RDC ne dispose d’aucun centre national de formation de joueurs ? Les rares initiatives dans ce domaine relèvent du secteur privé, notamment des clubs qui assurent la formation des jeunes talents.
Difficultés financière et logistique
Par ailleurs, la Ligue nationale de football (Linafoot) fait face à des problèmes de financement et de logistique. En 2023, la compétition a été interrompue faute de moyens financiers. Sur le plan logistique, le championnat est aujourd’hui concentré à Kinshasa et à Lubumbashi, faute de stades homologués capables d’accueillir des rencontres dans les autres provinces.
La RDC, composée de 26 provinces, ne compte qu’un seul stade privé homologué : le stade Mazembe, à Lubumbashi. Pendant ce temps, le gouvernement a déboursé plusieurs millions de dollars pour sponsoriser des clubs européens, notamment le FC Barcelone et l’AS Monaco, afin de promouvoir l’image de la campagne « RDC, au cœur de l’Afrique » à l’international. Une démarche diplomatique visant à renforcer le soft power de la RDC dans un contexte d’agression extérieure.
La politisation du football, un autre mal profond qui ronge son indépendance
En RDC, certains observateurs estiment que l’indépendance demeure un slogan face à l’ingérence politique dans le sport. Entre trafic d’influence, détention de clubs par des acteurs politiques et corruption, le football reste pris en tenaille. Selon plusieurs sources, l’actuel président de la FECOFA, Véron Mosengo-Omba, aurait été imposé par le chef de l’État. Si cette information est avérée, elle mettrait en lumière l’influence du pouvoir politique sur le football congolais.
Par ailleurs, les clubs de football sont aujourd’hui considérés comme des bases électorales ou des opportunités d’affaires. Des clubs comme Mazembe, Lupopo, les Aigles du Congo et le DCMP sont dirigés par des hommes politiques qui confondent parfois les supporters avec les militants de leurs partis.
Soixante-six ans après l’indépendance, les autorités congolaises devront s’interroger sur l’avenir du football national. Des observateurs suggèrent la création d’une académie nationale de football afin d’encadrer les jeunes talents et de réduire progressivement la dépendance aux binationaux. D’autres recommandent une meilleure prise en charge financière du championnat national afin d’en relever le niveau sur les scènes africaine et internationale.













