GENOCOST : 30 ans de guerre, 30 ans de souffrance, 30 ans sans paix en RDC

GENOCOST : 30 ans de guerre, 30 ans de souffrance, 30 ans sans paix en RDC

Le 2 août est désormais une journée consacrée à la mémoire des victimes des guerres et des violences qui ont marqué la République démocratique du Congo au cours des trente dernières années. À travers le GENOCOST, le pays entend rappeler le lourd bilan humain laissé par les conflits armés, particulièrement dans l’Est, mais aussi mettre en lumière le lien entre ces violences, les intérêts économiques et les richesses naturelles du pays.

Par Charles Muhindo

Depuis 1996, la RDC a connu plusieurs guerres et rébellions qui ont marqué son histoire récente. AFDL, RCD, CNDP, M23 et, aujourd’hui, AFC-M23 sont autant de mouvements qui rappellent les différentes étapes de cette longue crise. Mais au-delà des rébellions et des différents accords de paix qui les ont suivies, ce sont surtout les populations qui en ont payé le plus lourd tribut, avec des millions de morts et de déplacés, des familles séparées et des villages détruits.

La première grande guerre de cette période débute en 1996 avec l’offensive de l’AFDL contre le régime de Mobutu. Soutenue notamment par le Rwanda et l’Ouganda, la rébellion prend Kinshasa le 17 mai 1997 et porte Laurent-Désiré Kabila à la présidence de la République. Mais les relations entre le nouveau pouvoir et Kigali se détériorent rapidement, jusqu’à provoquer une nouvelle guerre en août 1998, après la décision de Kinshasa de demander le départ des militaires rwandais présents sur le territoire congolais.

Le 2 août 1998, le RCD naît dans l’Est du pays et les combats sont signalés dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Des massacres sont notamment commis à Kasika et à Makobola, tandis que de nombreuses familles sont contraintes de fuir leurs villages pour se mettre à l’abri. Cette période demeure l’une des plus douloureuses de l’histoire récente du pays, au regard de l’ampleur des violences commises contre les civils, selon de nombreux observateurs et analystes.

La guerre prend ensuite une autre tournure avec les négociations politiques qui conduisent au Dialogue intercongolais et à la mise en place des institutions de transition. Toutefois, cette étape ne règle pas définitivement la question sécuritaire dans l’Est, où de nouveaux groupes armés continuent d’émerger au fil des années, entraînant chaque fois de nouvelles violences contre les populations.

En 2004, les combats de Bukavu impliquant Jules Mutebushi et Laurent Nkunda ramènent presque la situation sécuritaire à son point de départ. Puis, en 2007, le CNDP de Laurent Nkunda s’impose dans le Nord-Kivu, avant les accords du 23 mars 2009 qui permettent une accalmie. Quelques années plus tard, le M23 fait à son tour son apparition et prend notamment le contrôle de Goma en 2012, avant d’être défait militairement en 2013.

Pendant quelques années, la situation connaît une relative accalmie dans certaines zones, même si plusieurs groupes armés demeurent actifs dans différents territoires. En 2021, le M23 reprend les armes et la crise prend progressivement une nouvelle ampleur, jusqu’à la prise de plusieurs villes et territoires de l’Est par l’AFC-M23 en 2025 et 2026.

Face à ce tableau, une question se pose : peut-on réellement parler d’une seule guerre qui dure depuis 1996 ou faut-il plutôt évoquer plusieurs conflits qui se sont succédé, entrecoupés de périodes d’accalmie ? C’est notamment l’un des points abordés dans les réflexions consacrées au GENOCOST.

Ancien gouverneur du Nord-Kivu pendant douze ans, Julien Paluku Kahongya a directement vécu certaines de ces crises, notamment celles liées au CNDP et au premier M23. Dans sa réflexion sur le GENOCOST, il insiste sur la nécessité de connaître cette histoire et de rappeler aux jeunes Congolais ce que ces trente années ont coûté au pays.

« GENOCOST : 1996-2026, 30 ans de souffrance, 30 ans de massacres, 30 ans de pillage. Voilà tout le sens du GENOCOST que la jeunesse congolaise a le devoir d’apprendre, de comprendre et de ne plus jamais oublier. La gravité du bilan tragique ne doit plus susciter seulement des pleurs, mais imposer un changement radical de paradigme dans la gouvernance et la doctrine de défense de la République », affirme-t-il.

Au-delà du bilan humain, cette période a également été marquée par de nombreux accords de paix qui ont permis de faire taire les armes pendant un certain temps, sans pour autant résoudre durablement les causes profondes de la crise. Plusieurs groupes armés ont été intégrés dans les institutions ou dans l’armée, mais de nouveaux mouvements ont refait surface quelques années plus tard, donnant parfois l’impression que le cycle recommençait.

Cette réalité amène également certains observateurs à s’interroger sur les responsabilités congolaises dans la situation actuelle. C’est le cas de Didier Bitaki, qui estime qu’il convient de distinguer les différentes guerres et d’éviter de présenter les trente dernières années comme un seul conflit ininterrompu.

« D’aucuns continuent à considérer que la guerre entre la RDC et le Rwanda dure depuis 30 ans et qu’elle ne s’est jamais arrêtée. Non, elle s’est terminée, mais la paix obtenue a été très mal gérée. L’agression rwandaise a duré huit ans, de 1996 à 2004, avec l’installation des institutions de transition qui ont mis fin au cycle commencé en 1996 en réunissant les belligérants dans une coalition gouvernementale consensuelle », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.

Dans son analyse, Didier Bitaki reconnaît la responsabilité du Rwanda dans les crises qui ont secoué l’Est de la RDC, tout en estimant que les Congolais doivent également examiner leurs propres erreurs. Il évoque notamment les relations entretenues par certains responsables politiques avec Kigali et considère que les luttes internes pour le pouvoir ont aussi facilité l’ingérence d’acteurs extérieurs.

« Parler sans cesse des événements malheureux qui ont ensanglanté notre pays tout en oubliant nos responsabilités revient à remuer le couteau dans une plaie béante. La responsabilité du Rwanda dans les agitations régionales est bel et bien établie, mais n’avons-nous pas contribué nous-mêmes à la dégradation de cette situation par naïveté ou par incapacité à nous assumer ? », s’interroge-t-il.

Cette analyse apporte ainsi une autre lecture des trente dernières années. D’un côté, l’histoire montre une succession de guerres ayant frappé les mêmes populations pendant plusieurs décennies ; de l’autre, certains estiment que les périodes de paix obtenues après ces conflits ont été mal gérées et que certaines décisions politiques congolaises ont favorisé la reprise des violences.

Dans tous les cas, le bilan demeure particulièrement lourd pour les populations. Depuis trois décennies, l’Est du pays est confronté à des déplacements massifs, des massacres, des violences sexuelles et des destructions, alors même que plusieurs des zones touchées regorgent de ressources naturelles convoitées.

Dans sa réflexion, Julien Paluku avance notamment le chiffre de plus de 10 millions de morts et près de 500 000 femmes violées au cours de cette longue période. Selon lui, ces chiffres illustrent l’ampleur de la tragédie, même si les estimations du nombre total de victimes varient selon les sources et les méthodes de calcul.

Au-delà des chiffres, la commémoration du GENOCOST invite les Congolais à s’interroger : que s’est-il réellement passé depuis 1996 ? Pourquoi les différents accords de paix n’ont-ils pas permis de mettre fin durablement à la crise dans l’Est ? Et pourquoi les mêmes populations continuent-elles, trente ans plus tard, à fuir leurs villages ?

Le 2 août permet ainsi de rendre hommage aux victimes, mais aussi de revisiter cette histoire avec davantage de recul. Trente ans après le début de cette période tragique, la RDC demeure confrontée à une situation qui montre que la paix ne consiste pas seulement à faire taire les armes pendant quelques années, mais aussi à résoudre les causes profondes des conflits.

Trente ans de guerre, trente ans de souffrance, trente ans de massacres et de déplacements : c’est aussi cela que le GENOCOST veut rappeler. Cette commémoration doit surtout permettre de tirer les leçons du passé afin d’éviter que les générations futures ne connaissent, à leur tour, une nouvelle succession de conflits. Comme le rappellent les historiens, le passé doit éclairer le présent afin que celui-ci prépare l’avenir. Aux Congolais d’en tirer les enseignements nécessaires et de prendre les dispositions adéquates pour que la RDC devienne enfin un véritable havre de paix.

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