Interdiction des manifestations à Kinshasa : La peur a-t-elle changé de camp à l’approche de la marche du 8 juillet ?

Il y a encore quelques mois, le pouvoir affirmait que l’opposition ne représentait aucun danger. Plusieurs caciques de l’Union sacrée, y compris le président Félix Tshisekedi, la décrivaient comme faible, affamée et incapable de mobiliser la population. Mais aujourd’hui, la situation semble avoir semble évoluer. Les initiatives de la coalition C64 attirent de plus en plus l’attention et amènent certains observateurs à se demander si le pouvoir ne commence pas à prendre cette opposition plus au sérieux qu’auparavant.

Le premier signe est venu du sit-in prévu le 12 juin à Kinshasa. Cette manifestation avait beaucoup fait parler d’elle dans les médias et sur les réseaux sociaux. Avant cela, une journée ville morte avait déjà montré que les appels de l’opposition pouvaient être suivis dans plusieurs endroits. Même sans rassembler des foules immenses, ces actions ont replacé l’opposition au centre de l’actualité politique.

La prochaine étape est la marche pacifique annoncée pour le 8 juillet. Les organisateurs veulent marcher jusqu’au Palais de la Nation pour demander la démission de Félix Tshisekedi. Selon eux, le chef de l’État qui cherche à modifier la Constitution afin de pouvoir briguer un 3e mandat à trahi son serment et la nation. Cette marche est donc très attendue. Si elle mobilise davantage que les précédentes actions, elle pourrait donner une nouvelle dimension au combat politique mené par l’opposition.

Le contexte actuel semble venir y mettre un grain de sel. Ce 30 juin, en effet, à l’occasion de la fête de l’indépendance, des messes seront célébrées à Kinshasa et à Lubumbashi par des pasteurs catholiques et non des moindres, parce qu’il s’agit du cardinal Ambongo pour Kinshasa et de Fulgence Muteba pour Lubumbashi, 2 prélats reconnus pour leurs critiques acerbes vis-à-vis des antivaleurs observées actuellement dans le pays. Comme on le sait déjà, les évêques catholiques ont annoncé qu’ils rappelleront leur opposition à toute modification de la Constitution. Sans appeler à participer à la marche du 8 juillet, leur message pourrait davantage rallumer le feu sur cette question dans tout le pays.

Et, c’est exactement à ce moment que le gouvernement a décidé de suspendre jusqu’à nouvel ordre les rassemblements de masse à Kinshasa, dans la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé. Les autorités expliquent que cette mesure vise à empêcher la propagation de la maladie à virus Ebola. Mais sa décision, quelques jours avant la marche de l’opposition, interroge. Certains y voient une décision dont l’objectif est en réalité d’empêcher la manifestation des opposants même si le gouvernement mentionne qu’il s’agit uniquement d’une mesure de santé publique.

Au fond, une question se pose : si l’opposition est toujours aussi faible que le pouvoir l’a longtemps dit, pourquoi ses activités provoquent-elles autant de réactions ? Pourquoi un sit-in, puis une marche annoncée, occupent-ils semblent préoccuper autant ? Ces interrogations montrent que le rapport de force n’est peut-être plus le même et que la peur serait en train peu à peu de changer de camp.

La marche du 8 juillet permettra sans doute d’y voir plus clair. Elle dira si l’opposition est réellement capable de mobiliser la population ou si ses appels sont juste ceux relayés sur les médias. Mais une chose paraît déjà évidente : l’opposition est redevenue un acteur dont le pouvoir ne peut plus ignorer les initiatives. Si hier, les autorités pensaient être sur un terrain conquis, la donne est en train de changer au fil du temps et, la part de l’Eglise catholique dans la mobilisation pourrait davantage compliquer l’équation.

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