Pointé d’un doigt accusateur par les autorités congolaises d’être le vrai commanditaire de la crise qui secoue l’est du pays via le M23, l’ex-chef d’Etat congolais a choisi la ville de Goma, fief de la rébellion, pour s’en prendre de nouveau à Félix Tshisekedi.
Par Gédéon ATIBU
Bien que l’interview accordée au média belge La Libre remonte au vendredi 20 mars, sa mise en ligne ce lundi 23 mars ne semble pas pas anodine, se dit-on, puisqu’elle coïncide exactement avec le jour où la RDC, sous son règne, a signé un accord avec le CNDP de Laurent Nkunda, accord qui est à l’origine du conflit actuel mené par le mouvement du 23 mars (M23).
Le réquisitoire de Kabila contre Tshisekedi et Bruxelles
Comme c’est le cas depuis presque un an, le successeur de Félix Tshisekedi ne ménage plus le pouvoir de Kinshasa. Dans son interview, il a encore accusé le président congolais de tyran, appelant des citoyens congolais à se mobiliser aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays pour mettre fin à la dictature qui s’est installée.
«Il faut que ce soit une mission pour chacun de nous. Et pour en finir avec le régime, les Congolais ont à leur disposition l’article 64 de la constitution», a-t-il.
Au sujet de la constitution congolaise, l’ancien dirigeant tranche : «Pour Kinshasa, la constitution n’existe pas. Elle est ignorée depuis 2019. Alors, que vont-ils réviser au juste? Je pense que l’idée, c’est plutôt l’adoption d’une nouvelle constitution. Tout ce tripatouillage est dangereux, extrêmement dangereux», a-t-il dit.
Dans la foulée, Kabila a attaqué la Belgique pour ce qu’il considère comme une complaisance face aux autorités congolaises : «A l’allure où vont les choses, je pense que la Belgique est en train de se disqualifier. Sa capacité à accompagner l’actuel régime étonne. La Belgique doit se ressaisir».
Vers le plan B?
Depuis que l’ex-chef d’Etat s’est désengagé de son cursus académique pour, dit-il, se consacrer à la situation politique et sécuritaire du pays, son plan a clairement montré des limites face à Félix Tshisekedi. Ses promesses sont restées une simple rhétorique qui n’est jamais allée plus loin et la vengeance qu’il a promise contre son successeur peine à donner des fruits.
Pour être clair, en dépit de son discours aussi critique que menaçant en fin mai 2025 malgré qu’il ait rejoint Goma par la suite, Kabila n’a pas pu effrayer le régime Tshisekedi qui, resté intransigeant, a par ailleurs mis la main sur Ramazani Shadari, secrétaire permanent du PPRD puis Aubin Minaku, vice-président du même parti. Pourtant, depuis, ni Kabila, ni ses partisans n’ont pu exercer aucune pression pour pousser le pouvoir à les relâcher.
Ainsi, face à la limite observée, l’ex-président semble miser sur le plan B, le M23 sur lequel il s’est appuyé pour contrer le pouvoir en place n’étant plus en mesure, pour l’instant, de progresser vers d’autres agglomérations en raison de fortes pressions internationales sur le groupe armé et sur le régime de Kigali.
Dans son interview à La Libre, le sénateur à vie déchu par Kinshasa, a sous-entendu que la RDC allait inexorablement vers la « soudanisation » du pays.
«Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la « soudanisation” de la crise en RDC. Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan», a-t-il dit.
L’on se souvient que jusqu’en 2013, le Soudan était encore le plus vaste Etat du continent avant qu’il ne soit scindé en 2 principautés. En invoquant la situation, Joseph Kabila semble prévenir au sujet de l’issue du conflit entretenu dans l’Est si jamais Kinshasa continuait de s’entêter.
De l’analyse profonde des propos du prédécesseur de Félix Tshisekedi, le pays pourrait déboucher sur sa partition si des solutions à la crise actuelle ne sont pas trouvées. Il y a lieu donc de s’interroger, sachant que déjà, des pans entiers du territoire national échappent au contrôle des autorités congolais en faveur du M23 dont Kabila est accusé d’être le chef no1. La soudanisation, mieux, la balkanisation de la RDC est-elle le plan B envisagé par Goma? La question mérite bien d’être posée.












