Un nouveau rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo fait de nouvelles révélations sur la situation dans l’est de la RDC. Le document revient sur l’exploitation des ressources minières, le fonctionnement de l’AFC/M23 dans les territoires qu’il contrôle, le soutien du Rwanda à la rébellion ainsi que les relations entre l’ancien président Joseph Kabila et le M23. À travers ces différents éléments, les experts décrivent un système vaste qui, au delà d’être militaire, touche aussi les domaines économique, administratif et politique.
Le rapport affirme que l’or continue d’être exploité et sorti illégalement de la province de l’Ituri. Selon les experts, un site minier situé entre Mabanga et Nizi aurait produit entre 3 et 8 tonnes d’or entre mars 2024 et mars 2026. Cette production représenterait une valeur d’entre 300 et 800 millions de dollars. Un autre site, près de Yedi, aurait également produit plus de tonnes d’or depuis le début de l’année 2025 alors que les chiffres officiels disent le contraire.
En 2025, les exportations déclarées pour toute la province de l’Ituri n’ont atteint que 559 kilogrammes d’or. Au même moment, les exportations d’or de l’Ouganda ont atteint un record de 62 tonnes, pour une valeur estimée à 6,4 milliards de dollars. Pour le Groupe d’experts, il y a lieu de se poser des questions au sujet de cette différence et cela mérite des investigations plus approfondies. Le rapport souligne aussi que la lixiviation au cyanure, pourtant interdite par la loi congolaise, s’est développée dans le territoire de Djugu où 388 bassins ont été recensés.
Les experts se sont également penchent également sur l’exploitation du coltan à Rubaya, au Nord-Kivu. Ils indiquent que la production des sites contrôlés par l’AFC/M23 a encore augmenté en 2025. Le mouvement aurait instauré des taxes sur les minerais, exigeant 4 dollars par kilogramme de coltan et 2 dollars par kilogramme de cassitérite afin de financer ses activités.
Le rapport affirme aussi que plusieurs sociétés créées récemment à Kigali ont acheté d’importantes quantités de coltan provenant de Rubaya. Parmi elles figure Rani Mining Ltd., qui aurait exporté plus de 84 tonnes de ce minerai. Les experts relèvent également que les exportations rwandaises de cassitérite ont augmenté de 58 % en 2025, sans que la production nationale officiellement connue puisse expliquer cette hausse. Le gouvernement rwandais a été saisi pour donner des explications, mais les experts indiquent être toujours dans l’attente de sa réponse qui n’est jamais là.
Au-delà de l’exploitation des minerais, le rapport décrit une organisation très structurée de l’AFC/M23 dans les zones qu’il contrôle. Selon les experts, le mouvement a mis en place une véritable administration parallèle. Les services provinciaux de fiscalité auraient été regroupés sous une même structure. L’AFC/M23 aurait aussi pris le contrôle administratif de la SNEL et de la REGIDESO dans plusieurs localités. La SONAS y aurait été remplacée par une société privée appelée Imperial Assur, qui domine dans le secteur des assurances.
Les experts expliquent également que des prestataires de services financiers non agréés se sont installés à Goma et à Rubaya pour remplacer les banques qui avaient suspendu leurs activités. Les territoires contrôlés par l’AFC/M23 auraient en outre été répartis en 3 zones de défense, chacune placée sous un commandement militaire différent. Pour le Groupe d’experts, cette organisation montre que le mouvement exerce un contrôle qui va bien au-delà de seules opérations militaires.
Sur le plan sécuritaire, le rapport estime que l’AFC/M23 dispose d’environ 30 000 combattants. Les experts affirment aussi que cette force est appuyée par entre 14 000 et 18 000 soldats rwandais déployés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Selon le document, aucun retrait important de ces troupes n’a jamais été observé depuis décembre 2025.
Le rapport revient également sur l’offensive lancée vers Uvira à la fin du mois de novembre 2025. D’après les experts, cette opération était dirigée par les responsables militaires de l’AFC/M23 avec un rôle important attribué au général rwandais à la retraite James Kabarebe. L’objectif aurait été d’étendre le contrôle du mouvement à toute la province du Sud-Kivu.
Enfin, le document évoque l’ancien président Joseph Kabila. Selon les experts, la plateforme Sauvons la RDC aurait appelé à un soulèvement populaire dont les objectifs sont similaires à ceux de l’AFC/M23. Le rapport fait aussi état de plusieurs déplacements de Joseph Kabila dans les zones contrôlées par le mouvement depuis mai 2025, ainsi que de rencontres avec certains de ses principaux responsables.
Les experts estiment que cette présence contribuait à présenter l’AFC/M23 comme un mouvement congolais qui veut résoudre un problème congolais et ainsi cacher d’une certaine manière le rôle du Rwanda dans le conflit. Le rapport mentionne également l’influence de Moïse Nyarugabo, proche de Joseph Kabila, au sein de la plateforme Sauvons la RDC
Le Groupe d’experts souligne toutefois que des divergences sont perceptibles au sein de l’AFC/M23. Selon le rapport, Joseph Kabila et Corneille Nangaa souhaiteraient prendre le pouvoir à Kinshasa, tandis qu’une grande partie des responsables militaires du M23 préférerait consolider son contrôle sur les territoires déjà occupés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.













