La justice belge condamne l’influenceuse congolaise Denise Mukendi Dusauchoy à trois ans de prison ferme

Par Emmanuel Medina

Le destin judiciaire de Denise Mukendi Dusauchoy vient de basculer simultanément sur deux continents. Connue en République Démocratique du Congo pour ses sorties médiatiques fracassantes et ses ambitions politiques, l’influenceuse quinquagénaire a été condamnée par la cour d’appel de Liège, en Belgique, à une peine de trois ans de prison ferme pour le détournement et la non-présentation de sa propre fille.

Ce verdict, prononcé en son absence, s’ajoute à une situation pénale déjà explosive à Kinshasa, illustrant la chute judiciaire d’une personnalité aussi suivie que controversée.

L’affaire qui a motivé la lourde sentence de la justice belge plonge ses racines dans un conflit familial datant de près d’une décennie. C’est en 2017 que le père de l’enfant, qui détenait la garde et l’hébergement principal de la fillette, avait alerté les services de police. Selon l’acte d’accusation, Denise Mukendi Dusauchoy s’était rendue à l’établissement scolaire de sa fille pour l’y soustraire illégalement, avant de fuir l’Europe pour se réfugier en RDC.

La décision de la cour d’appel de Liège est sans équivoque :Trois ans d’emprisonnement ferme ont été requis à son encontre, une condamnation par défaut car l’accusée ne s’étant pas présentée devant la barre.

La possibilité d’une opposition légale, une procédure qui permettrait à l’influenceuse d’obtenir un nouveau procès si elle décidait de se livrer aux autorités belges.

En RDC, Denise Mukendi Dusauchoy s’est forgée une réputation de femme forte au franc-parler redoutable. Présentée selon les circonstances comme journaliste, ancienne présidente d’une association sportive et actrice politique, elle a su capitaliser sur l’essor des réseaux sociaux pour s’imposer dans le débat public congolais.

Sa marque de fabrique repose sur des diatribes régulières et des critiques acérées visant le pouvoir en place, une stratégie de polarisation qui a culminé en juin 2024 avec le lancement officiel de son propre parti politique à Kinshasa. Pour ses centaines de milliers d’abonnés, elle incarne une voix libre, tandis que pour ses détracteurs, elle incarne une figure provocatrice franchissant régulièrement les lignes rouges de la légalité.

Si le dossier belge relève du droit de la famille, le contentieux qui attend l’influenceuse à Kinshasa est d’une tout autre nature, touchant directement à la sûreté et à l’ordre public de l’État congolais. La justice nationale la poursuit pour plusieurs chefs d’inculpation majeurs tels que la propagation de « faux bruits » : Accusée d’avoir diffusé des informations mensongères de nature à alarmer l’opinion publique, le faux en écritures car Soupçonnée de falsification de documents officiels, l’injures publiques dans l’affaire visant nommément l’opposant politique Jacky Ndala ainsi que les puissants services de renseignement de la République.

Cette accumulation de dossiers pénaux et politiques sur le sol national restreint considérablement sa marge de manœuvre et fragilise sa posture de leader d’opinion.

L’imbrication de ces deux affaires l’une privée en Belgique, l’autre publique et politique en RDC met en lumière les dérives de l’hypermédiatisation. Denise Mukendi Dusauchoy se retrouve désormais prise en étau entre un mandat d’arrêt potentiel en Europe et une traque judiciaire intense dans son propre pays. Que ce soit sur le terrain des conflits familiaux ou des joutes politiques africaines, la justice semble bien décidée à rappeler que l’arène des réseaux sociaux ne saurait constituer une zone de non-droit.

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