Multipartisme : les larmes de Mobutu pour le malheur du Congo le 24 avril 1990

Vers la fin des années 80, le pouvoir du maréchal Mobutu Sese Seko, à la tête du Congo, devenu Zaïre depuis le coup d’État de 1965, atteint sa phase de fragilisation. Le 30 décembre 1980, les 13 parlementaires, un groupe d’opposants au régime, notamment Étienne Tshisekedi, Gabriel Antoine Kyungu et Kibasa Maliba, adressent une lettre de 52 pages au président de la République.

Par Patient MBY

Dès lors, des tractations commencent. La dictature est considérée comme un morceau dur à avaler. Entre arrestations arbitraires, menaces et intimidations, les opposants exigent la fin du monopartisme, dominé par le Mouvement populaire de la révolution (MPR), parti unique devenu parti-État, et l’ouverture politique à plusieurs partis politiques, socle de la démocratie.

Le 24 avril 1990, une journée historique

Après plusieurs pressions internes et externes, le Maréchal se ravise. Le 24 avril 1990, devant les ministres, magistrats, généraux et parlementaires, Mobutu prononce un discours historique qui entrera plus tard dans le panthéon de l’histoire : la fin du monopartisme et le début du pluralisme politique, permettant à chaque Congolais d’adhérer à la formation politique de son choix. À cette occasion, Mobutu quitte la direction du MPR et laisse ses fonctions aux mains d’un dirigeant potentiel.

Cette décision était très difficile à prendre. Après 25 ans de pouvoir sans partage, le Léopard devait maintenant compter avec plusieurs partis politiques de l’opposition, notamment l’UDPS. Devant l’assistance, l’émotion l’emporte sur le courage et la résilience du père de la Nation. Il s’interroge : « Que devient le chef dans tout cela ? ». Silence total… Puis, Mobutu Kuku Ngbendu wa Za Banga laisse couler des larmes en prononçant trois mots qui restent gravés dans la mémoire collective des Congolais : « Comprenez mon émotion ! ».

Les larmes de Mobutu, un malheur pour le Congo

Mobutu, alors centre de gravité du pouvoir, cède à la pression des 13 parlementaires, mais ne devient pas l’ombre de lui-même. Les partis politiques, regroupements et plateformes poussent à travers le territoire national. Aujourd’hui, selon les statistiques disponibles, la République démocratique du Congo compte près de 1 000 partis politiques implantés partout en RDC.

Toutes ces formations politiques concourent à la conquête du pouvoir, sans idéologie concrète ni plan d’action réaliste, encore moins d’intérêts communs pour le Congo. Des partis politiques sont transformés en business, en entreprises familiales ou en caisses de résonance pour le leader et son clan. Il faut aussi reconnaître que la diversité des partis alimente les divisions sociales, surtout chez les militants. La tendance va vers la tribu ou la région du leader. Par exemple, le parti Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), malgré son aura, est aujourd’hui perçu comme un parti des Kasaïens (au centre du pays), alors que le parti Ensemble pour la République, dans l’opinion publique, est considéré comme une formation politique des Katangais.

Les dérives de partis politiques de masse

La pluralité politique est aussi à la base de différentes tensions sociales. Les partis politiques de masse comme l’UDPS et l’UNAFEC ont en leur sein des mouvements de jeunes, transformés en brigades de répression et d’agression, installant ainsi la jungle en pleine République. À Lubumbashi, les jeunes du parti UNAFEC (Junafec) font la loi. Dans la commune de Kenya, ils imposent des taxes illégales, à l’instar de « makuta ya bilari » (argent de la poitrine), récoltées auprès des chauffeurs à chaque course. Alors qu’à Kalebuka ou au Tabac Congo, ces militants désœuvrés sèment la peur et l’insécurité.

À Kinshasa, la Force du progrès regroupe des jeunes sympathisants de l’UDPS. Selon les informations, ce mouvement ressemble à un service militaire parallèle. Ces jeunes répriment tous ceux qui s’opposent au régime de Tshisekedi. À en croire les dénonciations des opposants politiques, la Force du progrès procéderait à des interpellations. En dehors de ces dérives érigées en norme, les insultes, invectives, diffamations et agressions verbales pullulent sur les réseaux sociaux.

24 avril 1990 – 24 avril 2026, 36 ans après, l’héritage de Mobutu a bien sûr donné la voix aux sans-voix, mais il a ouvert la voie aux antivaleurs, aux conflits d’intérêts et aux divisions, fragilisant l’unité nationale. Plus de trois décennies après, la question s’impose : doit-on demeurer dans le pluralisme politique ou muter vers des blocs idéologiques à l’occidentale ? Gauche, droite et centre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.