Par Gédéon Antibu
Dans les zones du Nord-Kivu contrôlées par l’AFC/M23, la situation continue d’inquiéter. Sur le plan éducatif, la rébellion est accusée de vouloir mettre en place un système parallèle à celui de l’État congolais. Des responsables d’écoles indiquent que le mouvement rebelle veut désormais contrôler certains aspects de la gestion scolaire, notamment les frais, les documents administratifs et l’impression des bulletins des élèves.
Selon plusieurs responsables d’établissements scolaires, une réunion a été organisée à Kirumba avec des chefs d’établissements sous la conduite des responsables de l’Éducation nationale de cette zone. Au cours de cette rencontre, des officiers de l’AFC/M23 ont annoncé de nouvelles mesures pour les écoles situées dans les territoires sous leur contrôle. Parmi ces mesures figurent la fixation des frais scolaires par la rébellion et la centralisation à Goma de certains documents scolaires. Les mêmes sources affirment qu’une nouvelle répartition des recettes scolaires aurait été annoncée, avec notamment une part réservée au mouvement rebelle.
«Ces officiers de l’AFC/M23 ont imposé une nouvelle clé de répartition pour chaque paiement scolaire : 20% pour les gestionnaires de l’école, 70% pour la prime des enseignants, 8% pour le fonctionnement et 2% pour le M23», rapportent ces responsables d’écoles qui se sont confiés à un média local.
Cette situation fait craindre une vraie menace sur le système éducatif national, alors que l’éducation dépend normalement de la compétence du ministère national de l’Éducation. Des chefs d’établissements redoutent également une augmentation des frais pour les parents, qui sont déjà affectés par la guerre. Des informations non encore confirmées indiquent même que les rebelles auraient l’intention de mettre fin à la gratuité de l’enseignement primaire dans certaines zones sous contrôle du M23 afin de lui permettre de tirer des revenus des activités scolaires.
Pendant ce temps, sur le plan militaire, les inquiétudes grandissent dans le Grand Nord du Nord-Kivu. Après son retrait de certaines positions du territoire de Lubero suite notamment aux pressions internationales, le M23 semble chercher à renforcer de nouveau ses capacités dans cette partie de la province. Des alertes font état d’un renfort d’hommes, d’armes lourdes et de matériels militaires dans plusieurs localités du sud de Lubero.
Selon Muhindo Tafuteni, président de la société civile du territoire de Lubero, des renforts du M23 sont signalés depuis plusieurs jours dans des zones comme Kitsombiro, Alimbongo, Mbingi, Buleusa et Kateku. Une situation qui a déjà provoqué de nouveaux déplacements des populations. Des centaines de familles ont quitté leurs villages pour chercher refuge dans d’autres agglomérations, notamment à Kipese, Alimbongo et Kasugho. La société civile craint la reprise des combats dans cette zone.
Le renforcement annoncé du M23 dans le territoire de Lubero inuqiète également en villes de Butembo et de de Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu. Ces 2 grands centres commerciaux et administratifs du Grand Nord n’ont jusque-là pas été atteints par la rébellion, notamment grâce à plusieurs facteurs, parmi lesquels la pression régionale et internationale dont la présence de l’armée ougandaise engagée aux côtés des forces congolaises dans les opérations contre les ADF.
Aujourd’hui, les craintes sont donc doubles dans les zones concernées : d’un côté, une volonté du M23 d’étendre son influence dans des secteurs comme l’éducation ; de l’autre, la peur d’une nouvelle offensive militaire vers des agglomérations importantes du Nord-Kivu. La situation reste suivie de près par les populations locales et les organisations de la société civile, qui appellent les autorités congolaises à parer à toute éventualité.













