Par Emmanuel Medina
Dans une province du Nord-Kivu meurtrie par des décennies de conflits armés et régulièrement secouée par des crises sanitaires, le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS) innove. L’institution a lancé une vaste campagne de mobilisation ciblant les ex-combattants ce mardi 21 juillet 2026. Objectif est d’en faire les fers de lance de la pacification locale et des ambassadeurs de la prévention contre la maladie à virus Ebola.
Le défi de la stabilisation à l’est de la République démocratique du Congo ne se limite plus aux seules armes à feu. Sur le terrain, le P-DDRCS fait face à une double urgence. D’un côté, la nécessité absolue de consolider la paix en encadrant les vagues de reddition des membres de groupes armés. De l’autre, la menace persistante des urgences de santé publique, particulièrement l’épidémie d’Ebola, qui trouve souvent un terrain fertile dans les zones instables et difficiles d’accès.
Pour les responsables du programme, associer la sensibilisation à la paix et la riposte sanitaire est une stratégie pragmatique. Les ex-combattants, issus des communautés locales, possèdent une fine connaissance de la sociologie du milieu et bénéficient d’une écoute particulière auprès des populations qui craignent parfois les structures officielles.
La formation dispensée par le P-DDRCS vise à transformer radicalement le rôle de ces anciens miliciens au sein de la société. Jadis acteurs de la destruction, ils sont appelés à devenir des protecteurs de la communauté à travers plusieurs axes majeurs: La veille épidémiologique communautaire : Apprendre à identifier les premiers signes d’Ebola fièvre brutale, saignements, fatigue intense et alerter immédiatement les équipes médicales, la lutte contre la résistance communautaire; briser les mythes, les rumeurs et le déni autour de la maladie en dialoguant directement avec les populations locales, et la promotion des règles d’hygiène; installer et gérer des points de lavage des mains dans les zones de transit et de réinsertion.Cette approche permet de valoriser les démobilisés, favorisant ainsi leur acceptation par les communautés qu’ils ont autrefois persécutées.
Sur le plan de la pacification pure, les équipes du P-DDRCS multiplient les séances de sensibilisation pour inciter les combattants encore actifs dans la brousse à déposer les armes. En mettant en avant le civisme, la cohésion sociale et le développement communautaire, le programme espère tarir définitivement les sources de recrutement des milices.
Cependant, le succès à long terme de cette double mobilisation repose sur des défis structurels majeurs. Les observateurs locaux rappellent que sans incitations économiques durables, sans projets de haute intensité de main-d’œuvre et sans un appui logistique ferme du gouvernement central et des partenaires internationaux, la tentation du retour en brousse reste forte. L’intégration de la composante sanitaire pourrait toutefois ouvrir la voie à de nouveaux financements de la part des bailleurs internationaux axés sur la santé mondiale, offrant un soulagement financier au processus DDRCS au Nord-Kivu.












