Le nouveau report de la manifestation de l’opposition prévue le 22 juillet constitue, au moins pour le moment, une victoire politique pour Félix Tshisekedi. En l’espace de 2 semaines, le chef de l’État est parvenu à faire reporter à 2 reprises une marche qui devait conduire les opposants jusqu’au Palais de la Nation pour réclamer sa démission. Si l’opposition affirme avoir simplement changé de stratégie, le résultat est le même : Kinshasa échappe, pour la deuxième fois, à une mobilisation qui s’annonçait particulièrement palpitante.
Par Charles Muhindo
Pour comprendre le contexte, il faut remonter au 12 juin dernier. Ce jour-là, la manifestation de l’opposition contre le projet de changement de la Constitution avait débouché sur des actes de violences. Des images des leaders de l’opposition blessés avaient fait le tour des réseaux sociaux et des permanences de partis politiques avaient également été attaquées et incendiées. Des membres de la Force du progrès, un groupe affilié à l’UDPS, avaient été accusés d’être à l’origine de plusieurs de ces violences. Qu’on le veuille ou non, ces images avaient terni l’image du pouvoir en place au moment même où le pays a besoin d’un soutien international dans sa guerre contre le M23.
Lorsque les opposants ont annoncé une nouvelle marche pour le 8 juillet, les inquiétudes étaient donc nombreuses. Cette fois, ils voulaient marcher jusqu’au Palais de la Nation pour exiger le départ de Félix Tshisekedi. Personne ne pouvait dire comment cette manifestation allait se dérouler ni si les violences du 12 juin allaient se répéter. De nouveaux accrochages risquaient d’aggraver encore davantage la situation et jeter de l’huile au feu en mettant le régime dans un nouvel embarras sur le plan diplomatie.
C’est dans ce contexte que le président congolais a joué sa première carte. Félix Tshisekedi a sollicité son homologue burundais, Évariste Ndayishimiye. À Bujumbura, ce dernier a réuni les figures de l’opposition afin de trouver une issue commune et sans heurts. À la suite de ce rendez-vous, la manifestation du 8 juillet a été reportée au 22 juillet.
Mais ce report n’a pas mis fin à la crise. Les opposants restaient déterminés à manifester quelques jours plus tard. Le pouvoir savait qu’une nouvelle marche dans les rues de Kinshasa pouvait de nouveau dégénérer et produire les mêmes images que celles du mois de juin.
Le 17 juillet, Félix Tshisekedi a alors surpris tout le monde. Lui qui refusait depuis plusieurs mois un dialogue politique inclusif a finalement accepté un tel processus. Cette décision est intervenue après les démarches menées depuis plusieurs mois par la CENCO et l’ECC auprès des acteurs politiques congolais. Même si les modalités de ce dialogue restent encore inconnues, cette annonce a changé beaucoup de choses sur le plan politique.
Car, dans la foulée, le cardinal Fridolin Ambongo a rencontré les responsables de l’opposition et leur a demandé de privilégier la voie du dialogue et de reporter leur manifestation afin de donner une chance à cette nouvelle initiative acceptée par le chef de l’Etat. Les opposants ont d’abord discuté de cette proposition sans prendre de décision. Mais, ce lundi 20 juillet, ils ont finalement annoncé le report de leur manifestation.
Certains parlent d’un changement de méthode plutôt que d’un abandon de la mobilisation. Mais sur le plan politique, le constat reste le même : pour la deuxième fois, une marche qui s’annonçait importante est reportée. A ce stade, Félix Tshisekedi peut considérer qu’il a atteint son premier objectif : éviter une nouvelle démonstration de force de l’opposition dans les rues de Kinshasa. Après les accrochages du 12 juin, une nouvelle marche aurait pu déboucher peut-être sur une situation difficile à maîtriser.
Même si rien ne dit que cette accalmie durera longtemps d’autant plus que le dialogue inclusif n’a pas encore commencé, son cadre n’est pas connu et les points de vue diffèrent encore entre le pouvoir et l’opposition, notamment sur la question de la révision de la Constitution, il y a lieu d’estimer que le président de la République vient de gagner une bataille politique. En combinant la médiation burundaise et l’ouverture au dialogue, il a réussi à faire reporter 2 manifestations successives qui faisaient craindre et même à diviser les opposants dont les uns critiquent les méthodes de la C64.













