Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) dresse un constat toujours alarmant de la situation des droits humains en République démocratique du Congo. Dans son rapport mensuel sur le mois d’avril 2026, l’agence onusienne affirme avoir documenté 382 violations et atteintes aux droits de l’homme.
Par Gédéon Antibu
Ce chiffre est en baisse de 27 % par rapport au mois de mars, mais, pour les Nations unies, il ne s’agit pas d’une amélioration de la situation. L’inaccessibilité aux zones en guerre et l’insécurité empêchent encore de mesurer toute l’ampleur de la situation.
« Cette diminution apparente doit toutefois être interprétée avec prudence en raison des contraintes de documentation et d’accès à certaines zones touchées par l’insécurité. Les provinces affectées par le conflit ont concentré 334 violations et atteintes, soit 87,4 % du total documenté », indique le document.
Le rapport montre que le plus grand nombre des violences reste concentré dans l’Est du pays. Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri demeurent les provinces les plus touchées par les affrontements, notamment entre les FARDC, appuyées par les groupes Wazalendo, et les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par les forces rwandaises selon les Nations unies. Les attaques des ADF, de la CODECO et de la Convention pour la révolution populaire (CRP) continuent également de provoquer des morts, des enlèvements, des déplacements de populations et d’autres graves violations graves des droits humains.
Les groupes armés restent de loin les principaux auteurs des abus documentés. À eux seuls, ils sont responsables de près de 8 violations sur 10 recensées durant le mois d’avril. Le BCNUDH identifie l’AFC/M23 comme le groupe ayant commis le plus grand nombre d’atteintes aux droits humains, loin devant les autres mouvements armés. Les agents de l’État sont également mis en cause dans une centaine de violations.
« Les groupes armés demeurent responsables de la majorité des violations et atteintes enregistrées, avec 79,34 % des cas. L’AFC/M23 demeure le principal auteur présumé avec 130 atteintes documentées, suivie des Wazalendo (58), des groupes Maï-Maï (23) et des ADF (21). Les agents de l’État ont, quant à eux, été responsables de 109 violations, principalement imputables aux FARDC et à la Police nationale congolaise », précise-t-on.
Les violences sexuelles continuent elles aussi à être enregistrées. Le BCNUDH a recensé 37 incidents ayant fait 52 victimes, dont 36 femmes et 16 filles. Même si ce nombre est inférieur à celui enregistré en mars, l’ONU souligne que ces violences restent utilisées comme une arme contre les populations civiles dans plusieurs zones de conflit.
« Bien que ce chiffre soit inférieur à celui du mois précédent, où 70 victimes avaient été recensées, les violences sexuelles continuent d’être utilisées comme moyen de représailles dans les zones de conflit. Le Nord-Kivu concentre 60 % des victimes, suivi de l’Ituri avec 31 % et du Sud-Kivu avec 8 % », mentionne le rapport onusien.
Au-delà des violences physiques, les Nations unies s’inquiètent aussi des atteintes aux libertés fondamentales. Douze violations de l’espace civique ont été documentées au cours du mois. Elles concernent notamment la liberté d’expression, le droit de manifester, la liberté de réunion et la sécurité des personnes. Les défenseurs des droits humains et les journalistes figurent parmi les catégories les plus exposées.
Le rapport relève également que les défenseurs des droits humains et les professionnels des médias continuent d’exercer leur travail dans un contexte particulièrement difficile. Plusieurs cas de menaces et d’intimidations ont été documentés durant le mois d’avril.
Enfin, le BCNUDH évoque les efforts engagés contre l’impunité. Les juridictions militaires ont traité 66 dossiers liés à des violations des droits humains impliquant des militaires, des policiers et des civils. 10 personnes ont été condamnées au cours du mois, tandis que les Nations unies disent avoir poursuivi leurs actions de protection des victimes et de renforcement des capacités des autorités judiciaires, des services de sécurité et des organisations de la société civile afin d’améliorer la prévention et la répression des violations des droits humains en République démocratique du Congo.













