RDC : 66 ans après l’indépendance, le temps est venu de regarder le pays en face

Par Gédéon Antibu

Le 30 juin 1960, la République démocratique du Congo accédait à sa souveraineté nationale et internationale et devenait ainsi un État indépendant. 66 ans plus tard, le pays célèbre un nouvel anniversaire de son accession à la souveraineté. À 66 ans, un homme est souvent considéré comme une personne âgée, avec une grande expérience de la vie. On attend de lui de la sagesse, de la maturité et de la stabilité. Ceci pousse aussi à réfléchir sur le Congo. Après 66 ans d’indépendance, le pays devrait lui aussi montrer les signes d’un État mûr, capable de décider seul de son avenir et de répondre lui-même aux besoins de sa population.

Il faut reconnaître que des progrès existent. Aujourd’hui, le Congo n’est plus dirigé par les colonisateurs. Les institutions sont congolaises. Les dirigeants sont choisis par les Congolais grâce aux élections. Les lois sont votées par le Parlement congolais et la Constitution, bien que contestée aujourd’hui, est celle du pays. Les écoles, les universités, les administrations et les services publics sont dirigés par des Congolais. Sur le plan politique et administratif, le pays est bien indépendant. Personne ne peut nier cette réalité.

Mais, dans plusieurs domaines, le Congo dépend encore fortement de l’extérieur. Par exemple, une grande partie du budget de l’État est financée par les partenaires internationaux. Beaucoup de projets de développement ne voient le jour que grâce aux bailleurs étrangers. Dans le domaine de la sécurité, le pays peine encore à assurer seul sa protection. La crise dans l’est de la RDC en est un exemple. Face à la guerre, Kinshasa attend généralement des solutions venant des organisations régionales ou des grandes puissances, notamment des États-Unis pour l’actuelle crise du M23 pour faire pression sur le Rwanda. Cette situation donne l’impression que d’une certaine manière, l’indépendance du pays n’est qu’encore que de nom.

Le développement du pays pose aussi beaucoup de questions. Malgré les immenses richesses du sous-sol, une grande partie de la population continue de vivre dans des conditions difficiles. Dans plusieurs provinces, les routes sont en très mauvais état alors que les hôpitaux manquent de moyens et les écoles connaissent encore de nombreuses difficultés. Par ailleurs, les fonctionnaires attendent parfois longtemps avant de recevoir leurs salaires. L’accès à l’eau potable et à l’électricité reste un défi pour des millions de Congolais. Nombreux se demandent pourquoi un pays aussi riche ne parvient toujours pas à offrir de meilleures conditions de vie à son peuple.

Les colons sont partis depuis longtemps, mais le développement attendu tarde encore à arriver. Les Congolais ont aujourd’hui la responsabilité de construire eux-mêmes leur pays. L’indépendance ne consiste pas seulement à remplacer les dirigeants étrangers par des dirigeants nationaux. Elle signifie aussi être capable de produire ses propres richesses, de protéger son territoire, de créer des emplois, de construire des infrastructures et d’améliorer la vie de la population sans dépendre constamment de l’aide extérieure.

Lorsque Patrice Lumumba prononçait son célèbre discours le 30 juin 1960, il rêvait d’un Congo libre, juste et prospère. Les autres pères de l’indépendance partageaient le même espoir et tous voulaient voir un pays où les richesses profiteraient d’abord aux Congolais. 66 ans plus tard, la plupart de ces rêves restent encore à réaliser. Les ressources naturelles sont toujours là, mais elles n’ont jamais changé le quotidien de la majorité de la population.

En ce jour anniversaire, la plus grande question n’est donc pas de savoir si le Congo est indépendant sur le papier. La vraie question est de savoir si cette indépendance produit réellement les résultats attendus dans la vie des citoyens. Si les pères de l’indépendance pouvaient voir le pays aujourd’hui, seraient-ils fiers du chemin parcouru our demanderaient-ils aux nouvelles générations de faire davantage ? 66 ans après le 30 juin 1960, cette question mérite d’être posée avec honnêteté, non pour décourager, mais pour rappeler que la véritable indépendance se mesure aussi par la capacité d’un peuple à construire lui-même son avenir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.