Depuis de nombreuses années, les crises qui se sont succédées dans l’est de la République démocratique du Congo n’ont pas provoqué de véritables conséquences contre le Rwanda, malgré les accusations de Kinshasa et les rapports des Nations unies attestant le soutien de Kigali aux différentes rébellions. Cette fois, la situation semble évoluer. Depuis la résurgence du M23, la pression internationale ne cesse de monter et les sanctions visant Kigali ou des acteurs rwandais se multiplient.
Par Gédéon Antibu
La dernière décision des États-Unis le prouve. Le jeudi 25 juin, en effet, le département américain du Trésor a sanctionné la raffinerie Gasabo Gold Refinery LTD, installée à Kigali, ainsi que plusieurs responsables et sociétés minières rwandaises. Washington les accuse de participer au trafic d’or provenant des zones contrôlées par l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu. Selon les autorités américaines, au moins 60 kilogrammes d’or, représentant plusieurs millions de dollars, sont passée par ce réseau avec l’appui des Forces de défense rwandaises.
Et, ces nouvelles sanctions ne sont pas les premières. Elles viennent s’ajouter à celles déjà prises ces derniers mois contre plusieurs responsables rwandais, des officiers militaires ainsi que des structures accusées de soutenir le M23. L’Union européenne avait également pris des mesures contre certains responsables et entreprises soupçonnés d’être impliqués dans l’exploitation illégale des ressources dans l’est de la RDC.
Pour plusieurs observateurs, cette succession de sanctions montre que le regard de la communauté internationale a changé. Pendant longtemps, les accusations contre Kigali donnaient rarement lieu à des mesures concrètes. Aujourd’hui, plusieurs pays occidentaux semblent accentuer la pression en visant non seulement des individus, mais aussi des entreprises et des réseaux économiques impliqués dans le conflit en cours.
Ce changement est important. Le Rwanda a longtemps été présenté comme un partenaire stratégique de plusieurs pays occidentaux, notamment en matière de sécurité et de stabilité régionale. Mais la guerre du M23 semble avoir changé la donne. Les accusations de soutien au mouvement rebelle et de pillage des ressources minières congolaises sont en train progressivement de prendre une place importante sur le plan diplomatique.
Par ailleurs, les processus de paix se poursuivent. Les processus de Doha et de Washington continuent de rechercher une solution politique à la crise. Mais ces efforts diplomatiques s’accompagnent désormais d’une pression économique bien réelle. Les États-Unis semblent envoyer un message clair : les discussions doivent avancer, mais ceux qui sont accusés d’entretenir la guerre dans l’Est s’exposent également à des conséquences.
Il est vrai qu’il est encore trop tôt pour dire si ces mesures feront fléchir le Rwanda. Les sanctions, à elles seules, ne mettent généralement pas fin à une guerre. En revanche, elles peuvent avoir un coût sur le plan politique, diplomatique et économique dans un conflit et empêcher que la guerre perdure.
C’est pourquoi certains analystes estiment que la guerre actuelle du M23 pourrait être un tournant décisif pour Kigali. Pas seulement sur le plan militaire, mais surtout parce qu’elle semble attirer l’attention de la communauté internationale plus que lors de précédents conflits dans l’est de la RDC. Si cette pression continue, le Rwanda pourrait ne plus être en mesure de tenir pour longtemps.
Une chose semble désormais claire : le conflit dans l’est de la RDC ne se joue plus seulement sur les collines du Nord-Kivu ou du Sud-Kivu. Il se joue désormais aussi dans les capitales occidentales, où les décisions diplomatiques et économiques prennent une place de plus en plus importante afin d’influencer le rapport de force sur le terrain. Et, de ce côté là, la RDC semble être en train de mener la manche.













