La République démocratique du Congo continue de faire appel à des combattants étrangers dans sa guerre contre le M23. Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies en apporte une nouvelle preuve. Le document révèle qu’au moins 300 ressortissants salvadoriens ont été recrutés depuis juillet 2025 pour travailler aux côtés des forces armées congolaises.
Par Gédéon ATIBU
Selon ce rapport, ces anciens militaires et policiers ont été recrutés par une société privée enregistrée au Salvador. Ils ont signé des contrats d’un an avec un salaire de 4 225 dollars par mois. Au début, ils étaient affectés à des tâches logistiques à Kisangani. Plus tard, nombreux ont été envoyés dans des zones de combat, notamment à Walikale, Baraka et Kalemie.
Les experts de l’ONU indiquent aussi que certains de ces Salvadoriens sont déjà rentrés dans leur pays. Les raisons évoquées sont des salaires impayés et des problèmes de santé. De son côté, le gouvernement salvadorien affirme qu’il n’a jamais autorisé ces recrutements et qu’il n’avait pas été informé de leur déploiement en RDC.
Ce recours à des combattants étrangers n’est pas nouveau. Avant les Salvadoriens, la RDC avait déjà fait appel à des contractuels roumains pour appuyer les FARDC dans la guerre contre le M23. À l’époque, leur présence avait beaucoup fait parler dans le pays. Plusieurs informations relayées dans les médias et sur les réseaux sociaux faisaient état de rémunérations qui pouvaient atteindre environ 5 000 dollars par mois pour certains d’entre eux.
Toutefois, malgré cet appui, la situation sur le terrain n’a pas tourné en faveur des FARDC. A l’époque, le M23 a continué son avancée et a réussi à conquérir de nombreuses agglomérations au Nord-Kivu dont même la ville de Goma où ces mercenaires ont été immobilisés puis rapatriés chez par la rébellion. Après Goma, le M23 a étendu son contrôle à plusieurs autres localités de l’est du pays. Ainsi, une question refait surface aujourd’hui sur les résultats de cette stratégie sur laquelle mise Kinshasa pour contrer la rébellion.
Bien avant cela, un autre rapport des Nations unies avait déjà révélé que les autorités congolaises envisageaient de recruter environ 2 500 contractuels venant de Colombie, du Mexique et d’Argentine. Ce projet n’avait finalement pas été confirmé comme ayant été mis en œuvre. Il montrait toutefois que Kinshasa cherchait déjà des renforts en dehors de son armée.
Aujourd’hui, avec l’arrivée des Salvadoriens, il est à se demander si cette stratégie est en train de se poursuivre. Les nationalités changent, mais le choix de faire appel à des combattants étrangers reste le même. Pourtant, sur le terrain, le conflit continue et le M23 garde une importante capacité militaire.
Face à cette évidence, nombre d’analystes stiment que l’argent consacré au recrutement de mercenaires pourrait plutôt servir à renforcer les FARDC. Ils pensent que ces moyens pourraient permettre d’améliorer la formation des soldats, leur équipement, leurs conditions de vie et leur prise en charge, au lieu d’être affectés en faveur des combattants qui n’ont pas d’intérêt patriotique pour le pays.
Le recours à des combattants étrangers peut apporter un soutien à court terme. Mais les événements de ces dernières années montrent aussi que cette solution, à elle seule, n’a pas permis d’arrêter la progression du M23. Le nouveau rapport des Nations unies ramène donc une question qui reste entière : la RDC doit-elle continuer à miser sur des mercenaires étrangers ou investir davantage dans le renforcement de sa propre armée ?













