RDC : Kinshasa encadrera la marche du 22 juillet mais prévient contre toute « subversion »

Par Emmanuel Medina

La marche citoyenne contre une révision constitutionnelle en RDC est reportée au 22 juillet 2026, après une médiation du président de l’Union Africaine, Évariste Ndayishimiye. À Kinshasa, le ministère de l’Intérieur et le gouvernement provincial ont annoncé dimanche qu’ils encadreraient l’événement de manière républicaine, tout en interdisant toute subversion, alors que Lubumbashi et Kolwezi ont déjà interdit la manifestation.

L’objectif de la coalition demeure un sit-in au Palais de la Nation pour exiger le maintien de la Constitution de 2006.

La tension politique vient de s’apaiser momentanément en République Démocratique du Congo. Initialement programmée pour ce mercredi 8 juillet, la grande marche nationale initiée par la « Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel » a été officiellement repoussée au 22 juillet prochain.

Ce report stratégique fait suite à une invitation de dernière minute envoyée aux leaders de la coalition par Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union Africaine. Cette médiation continentale souligne l’importance et la sensibilité de la crise politique qui plane à Kinshasa autour de la question d’un changement de la loi fondamentale. Pour les organisateurs, ce délai permet de répondre aux consultations diplomatiques tout en affinant la mobilisation sur le terrain.

Face à ce défi sécuritaire majeur pour la capitale, les autorités congolaises n’ont pas attendu pour planifier leur riposte logistique. Une réunion de crise s’est tenue ce dimanche sous la direction du Vice-premier ministre chargé de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani. Autour de la table, les chefs de tous les services de renseignement et de sécurité ont défini les lignes rouges à ne pas franchir, en étroite collaboration avec l’exécutif urbain de Kinshasa.

À l’issue de cette séance de travail, le gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba, a tenu à rassurer la population tout en fixant des limites claires

« Les forces de défense et de sécurité seront là pour préserver la quiétude dans la ville de Kinshasa. Nous profitons de l’occasion pour rassurer l’opinion tant nationale qu’internationale que, tout en accompagnant, dans un esprit républicain et démocratique, les manifestations, mais nous voulons aussi rassurer que tout doit se faire dans les normes établies, selon les lois et les règlements de la République, en assurant aussi la liberté aux paisibles citoyens qui veulent vaquer à d’autres choses. » a-t-il déclaré

Le ton de l’exécutif est d’un côté, une promesse de respect des libertés publiques démocratiques, de l’autre, une fermeté absolue contre tout acte portant les germes de la subversion .

Si Kinshasa choisit la voie de la tolérance encadrée, les provinces minières du sud du pays ont opté pour un régime d’interdiction stricte. Les mairies de Lubumbashi Haut-Katanga et de Kolwezi au lualaba ont d’ores et déjà annoncé le refus d’autoriser la marche sur leurs territoires respectifs, évoquant des risques de troubles à l’ordre public. Cette politique du deux poids, deux mesures accentue le sentiment de fracture politique à travers le pays.

Il sied de noter que, à Kinshasa, le parcours de la manifestation s’annonce déjà historique et conflictuel. Le mot d’ordre de la Coalition Article 64 » une référence directe à l’article de la Constitution qui fait obligation à tout Congolais de faire échec à quiconque prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des textes est clair; pousser le président Félix Tshisekedi au respect strict de la Constitution de 2006.

L’itinéraire choisi par les opposants et la société civile prévoit de converger massivement vers le Palais de la Nation, siège officiel de la présidence de la République. Les organisateurs prévoient d’y installer un sit-in à durée indéterminée avec, en point d’orgue, la remise solennelle d’un mémorandum destiné au chef de l’État. Le 22 juillet s’annonce d’ores et déjà comme un test grandeur nature pour la démocratie congolaise.

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