RDC : le gouvernement veut éviter la perte des financements du PFCIGL

La détérioration de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo compromet l’exécution du Projet de Facilitation du Commerce et d’Intégration dans la Région des Grands Lacs (PFCIGL), financé par la Banque mondiale. Réuni en Conseil des ministres, le gouvernement a été informé des perturbations affectant plusieurs infrastructures et des discussions engagées avec le bailleur pour réaménager le programme et préserver les financements destinés au commerce transfrontalier.

Par Emmanuel Medina

Réuni sous la présidence du Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi, le 93e Conseil des ministres ordinaires a mis en lumière un dossier économique brûlant sur l’impact direct de la crise sécuritaire dans l’Est du pays sur les financements internationaux . Le ministre du commerce extérieur a alerté le gouvernement sur les perturbations majeures qui frappent le Projet de Facilitation du Commerce et Intégration dans la Région des Grands Lacs (PFCIGL), un programme stratégique de cinq ans et demi financé par la Banque Mondiale. Face à l’occupation de plusieurs territoires par la coalition terroriste M23/AFC/RDF, Kinshasa et l’institution de Washington doivent en urgence réajuster leurs plans pour éviter une perte sèche de ressources financières.

Lancé officiellement pour couvrir la période du 1er février 2023 au 30 juin 2028, le PFCIGL RDC représente l’un des piliers de la stratégie de résilience économique transfrontalière de la RDC. Conçu pour moderniser les infrastructures douanières, fluidifier les échanges et dynamiser les marchés régionaux, ce projet cible prioritairement les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Cependant, la réalité du terrain militaire est venue percuter de plein fouet le calendrier des réformes. L’agression rwandaise, matérialisée par l’occupation de pans entiers de ces provinces par la coalition AFC/M23, paralyse de nombreux chantiers. Le rapport présenté par le ministère de tutelle dresse un constat sans appel : la guerre n’asphyxie pas seulement les populations, elle bloque également l’aide publique internationale au développement au moment où le pays en a le plus besoin.

Devant les membres du gouvernement, le ministre du commerce extérieur a présenté une typologie rigoureuse des projets affectés par l’agression armée, classés en trois catégories distinctes: Les chantiers annulés ou suspendus d’office : Situés dans les zones sous contrôle direct des rebelles ou à proximité immédiate des lignes de front, ces projets ont dû être arrêtés pour garantir la sécurité des personnels et des entreprises adjudicataires, les contrats à haut risque de rupture : Des projets dont la chaîne d’approvisionnement logistique est coupée en raison des blocus routiers autour de Goma et des grands axes commerciaux du Nord-Kivu et les projets « récupérés » pour poursuite : Des chantiers initialement menacés, mais réorientés ou sécurisés in extremis par le gouvernement pour permettre la continuité des travaux dans les périmètres non occupés .

Cette situation est d’autant plus dommageable que des réalisations phares du ministère du commerce extérieur de la RDC, telles que la modernisation du port de Kalundu, le développement des marchés transfrontaliers à Kavimvira ou encore le déploiement du Régime commercial simplifié du COMESA (RECOS), constituent des leviers essentiels pour l’autonomisation des petits commerçants et des femmes transfrontalières.

L’enjeu central pour l’exécutif congolais est désormais d’éviter le désengagement budgétaire du bailleur de fonds. En matière de gestion de projets internationaux, toute suspension prolongée expose l’État bénéficiaire à une réallocation ou à une annulation définitive des enveloppes non consommées par la banque mondiale

Pour contrer cette menace, des discussions stratégiques intensives sont en cours entre Kinshasa et les équipes techniques de la Banque mondiale . Des options d’adaptation contractuelle ont été présentées au Conseil . Elles prévoient notamment : Une restructuration géographique des fonds vers des zones sécurisées du Sud-Kivu ou d’autres frontières stables, afin de maintenir le taux d’exécution global du programme,une prolongation des délais de grâce pour les infrastructures situées dans les territoires enclavés ou disputés et des mécanismes de financement flexibles pour s’ajuster en temps réel à l’évolution de la ligne de front et préserver l’intégrité des ressources financières déjà allouées .

Par ailleurs, le gouvernement réaffirme sa détermination à mener à bien la modernisation de son commerce transfrontalier, tout en maintenant la pression militaire et diplomatique pour libérer les zones économiques occupées et relancer l’ensemble des chantiers du PFCIGL

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