Par Emmanuel Medina
Les dépenses publiques de la République démocratique du Congo (RDC) ont atteint 1.942,8 milliards de francs congolais (CDF), traduisant une nette accélération des décaissements de l’État au cours du premier semestre. Révélée par la note de conjoncture économique de la Banque centrale du Congo (BCC) consultée par reporter.cd ce lundi, cette accélération budgétaire répond à des besoins urgents liés à la sécurité nationale, mais elle accentue la pression sur l’équilibre de la trésorerie publique.
L’exécution budgétaire de ce début d’année s’inscrit dans une trajectoire ascendante. D’après les analyses de l’institut d’émission, cette orientation s’explique prioritairement par l’envolée des charges exceptionnelles et urgentes de l’État.
La RDC fait face à d’importants impératifs de souveraineté qui exigent un effort financier massif. Ces fonds servent à garantir la défense nationale, à restructurer la sécurité sur l’ensemble du territoire et à financer les institutions indispensables à la stabilité du pays. À ces priorités régaliennes s’ajoutent le versement des salaires des agents et fonctionnaires de la fonction publique qui a représenté à lui seul 531,7 milliards de CDF sur la période ainsi que le maintien des investissements sectoriels majeurs en santé et en infrastructures de base.
En regard de cette accélération des sorties de fonds, la mobilisation des ressources nationales affiche une performance honorable mais structurellement insuffisante pour couvrir l’intégralité des besoins instantanés. Les régies financières nationales ont réussi à collecter 1.467,8 milliards de CDF à la même date.
La répartition de cet effort fiscal met en lumière la performance sectorielle des différentes administrations financières : la Direction Générale des Impôts (DGI) consolide sa position de premier contributeur avec 613,0 milliards de CDF mobilisés au titre des impôts directs et indirects, et la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) suit de près avec un apport substantiel de 517,2 milliards de CDF générés par les droits douaniers, la Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participations (DGRAD) complète la marche en totalisant 337,7 milliards de CDF via la fiscalité non fiscale.
Bien que solides, ces rentrées ne suffisent pas à équilibrer le tableau financier à court terme. Les prévisions de la Banque centrale du Congo (BCC) pour l’ensemble du mois de juin tablent sur un volume global de 1.970,1 milliards de CDF de recettes face à 2.302,1 milliards de CDF de dépenses, projetant ainsi un déficit budgétaire mensuel estimé à 332 milliards de CDF.
Pour pallier ce décalage et honorer ses engagements sans asphyxier l’économie réelle, l’exécutif diversifie ses canaux de financement. La trésorerie générale s’appuie désormais sur une stratégie d’emprunts mixtes.
L’État s’approvisionne de manière dynamique sur le marché intérieur via l’émission régulière de titres publics Bons et Obligations du Trésor tout en capitalisant sur ses récents succès extérieurs, notamment l’apport de devises issu de sa dernière émission d’Eurobonds sur les marchés internationaux. Cette flexibilité financière permet d’amortir le choc des dépenses militaires, mais elle exige une discipline monétaire stricte de la part de la banque centrale. La BCC maintient une vigilance accrue sur le comportement de la monnaie nationale afin de s’assurer que ces recours aux financements n’altèrent pas la stabilité retrouvée du franc congolais sur le marché des changes.
Par ailleurs, le Franc congolais s’est apprécié face au dollar américain sur les deux segments du marché des changes au 19 juin 2026 .
« À la clôture du 19 juin 2026, le taux de change s’est fixé à 2.240,00 CDF sur le marché interbancaire et à 2.295,84 CDF sur le marché parallèle, correspondant à une appréciation hebdomadaire de la monnaie nationale de 2,31 % et 1,69 %, respectivement », révèle l’institut d’émission . Cette bouffée d’oxygène sur le front des changes démontre l’efficacité des politiques d’encadrement de la liquidité menées par la BCC . Elle prouve surtout que le Trésor public réussit, pour l’instant, le tour de force de financer ses priorités régaliennes et d’absorber son déficit sans perturber le pouvoir d’achat des Congolais . Une discipline financière rigoureuse qu’il faudra impérativement maintenir tout au long du second semestre pour consolider ces précieux acquis économiques.













