RDC : Mukwege accuse Tshisekedi d’avoir fragilisé la souveraineté nationale

Par Emmanuel Medina

Le Prix Nobel de la Paix, le Dr Denis Mukwege, a choisi la date du 30 juin pour adresser un message direct au Président Félix Tshisekedi. Dressant le bilan de sept années de gouvernance, le célèbre gynécologue dénonce une « crise existentielle » sans précédent et agite le spectre d’une « balkanisation » imminente du pays.

Au cœur de la charge du Dr Mukwege se trouve la gestion de la crise sécuritaire à l’Est du pays, une région meurtrie par des décennies de conflits. Pour le Prix Nobel, la RDC traverse une phase critique où sa souveraineté même est menacée. Il fustige avec virulence l’absence de volonté politique concernant la mise en œuvre des recommandations du Rapport Mapping de l’ONU. Ce document, qui répertorie les violations les plus graves des droits de l’homme commises entre 1993 et 2003, reste selon lui rangé dans les tiroirs de l’oubli, consacrant le triomphe de l’impunité et l’absence d’une véritable justice transitionnelle.

L’analyse du médecin de Panzi se veut technique et factuelle sur le plan militaire. Il qualifie le maintien de l’état de siège dans les provinces de l’Iturie et du Nord-Kivu de mesure « contre-productive », soulignant que cette administration militaire n’a pas réussi à endiguer les massacres, restreignant plutôt les libertés civiles.

Plus incisif encore, Denis Mukwege pointe du doigt ce qu’il qualifie de « diplomatie régionale désordonnée ». Le pouvoir congolais est accusé d’avoir navigué à vue, superposant des alliances parfois contradictoires : de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), en passant par les processus de Nairobi et les médiations de Doha. Cette dispersion a, selon lui, affaibli la position de la RDC face aux agresseurs.

Le texte dénonce également l’échec des réformes structurelles du secteur de la sécurité armée, police, justice, pourtant prévues par l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, laissant les Forces Armées de la RDC (FARDC) structurellement vulnérables.

Le réquisitoire aborde les choix hautement stratégiques du chef de l’État. Mukwege critique ouvertement les accords militaires bilatéraux conclus avec l’Ouganda Opération Shujaa et le Burundi, estimant qu’ils introduisent des forces étrangères aux agendas ambigus sur le sol congolais.

Sur le plan économique, le Prix Nobel revient sur l’accord controversé de juin 2021 signé avec le Rwanda pour l’exploitation et le raffinage de l’or de la société Sakima au Kivu. Pour le docteur, cet accord, signé peu avant la résurgence massive du M23 soutenu par Kigali, illustre une naïveté ou une erreur stratégique majeure, alimentant l’économie de guerre de ceux-là mêmes qui déstabilisent la nation.

Denis Mukwege ne se contente pas de critiquer ; il appelle à un sursaut patriotique et à une refonte totale de la gouvernance sécuritaire et diplomatique de la RDC. Alors que le pays célèbre son accession à la souveraineté internationale, cette lettre ouverte sonne comme un rappel brutal des réalités du terrain et des défis titanesques qui continuent de menacer l’intégrité de la nation congolaise.

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