RDC : Ouverture à Kinshasa de la session extraordinaire des présidents des assemblées provinciales

Par Emmanuel Medina

Le renforcement de la décentralisation et le fonctionnement des institutions locales sont au cœur de l’agenda politique en République Démocratique du Congo. Le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Daniel Bumba, a procédé ce lundi 6 juillet 2026 à l’ouverture solennelle des travaux de la première session extraordinaire de la Conférence des présidents des assemblées provinciales de la RDC Copap-RDC. Devant une assistance composée des présidents des organes délibérants des 26 provinces du pays, le chef de l’exécutif kinois a fermement rappelé le rôle pivot que doivent jouer les élus provinciaux dans la gouvernance locale.

La Copap-RDC qui s’ouvre dans la capitale n’est pas une simple rencontre protocolaire. Elle se veut un laboratoire d’idées et un espace thérapeutique pour des institutions provinciales souvent paralysées par des crises politiques internes, des motions de défiance à répétition et des conflits de leadership entre gouverneurs et présidents d’assemblées.

Dans son allocution d’ouverture, Daniel Bumba a clairement défini les objectifs de ces assises nationales qui sont entre autres le partage d’expériences entre les différentes provinces pour harmoniser les pratiques parlementaires régionales, l’évaluation objective des défis structurels, financiers et politiques qui bloquent l’élan des provinces, l’identification des obstacles légaux ou matériels qui étouffent le fonctionnement régulier des institutions et la formulation de propositions durables destinées au gouvernement central pour matérialiser la décentralisation.

Le gouverneur de Kinshasa a profité de cette tribune pour rappeler les obligations constitutionnelles des assemblées provinciales, trop souvent détournées de leurs missions premières. Il a insisté sur le fait que la réussite de la gouvernance locale repose sur un trépied institutionnel strict :

« La conférence qui nous réunit aujourd’hui est un cadre d’échange, de partage d’expériences et d’évaluation des défis auxquels font face nos institutions provinciales. Les assemblées provinciales, en tant qu’organes délibérants, jouent un rôle essentiel dans la gouvernance locale. Elles contrôlent l’exécutif provincial, votent les édits, et assurent la représentation du peuple au niveau local », a martelé Daniel Bumba.

Pour l’orateur, le contrôle de l’exécutif ne doit pas être une arme de chantage politique, mais un outil d’évaluation de la performance publique. De même, le vote des édits (lois provinciales) doit s’aligner sur les besoins réels de développement des entités territoriales décentralisées (ETD).

Vingt ans après l’adoption de la Constitution de 2006, le bilan de la décentralisation en RDC reste largement mitigé. Le transfert de 40 % des recettes nationales aux provinces demeure un combat permanent, et l’autonomie financière des régions est quasi inexistante. Cette session extraordinaire de la Copap-RDC ambitionne de porter un plaidoyer fort auprès des hautes autorités de la République pour inverser la tendance.

« Il est donc impératif que nous puissions, ensemble, identifier les obstacles qui entravent le bon fonctionnement de nos institutions et proposer des solutions durables pour renforcer la décentralisation et la démocratie de proximité », a conclu le gouverneur de Kinshasa.

Ouvert du 6 au 10 juillet, les résolutions issues de ces travaux, attendues dans les prochains jours, devraient poser les jalons d’un nouveau contrat de gouvernance entre le pouvoir central de Kinshasa et les 26 provinces qui composent l’Etat congolais

Par ailleurs, au-delà des questions de gestion quotidienne, cette session extraordinaire de la COPAP-RDC s’ouvre dans un contexte politique national en pleine ébullition, marqué par des débats de fond sur l’opportunité de réformer les institutions de la République, voire de réviser la Constitution de 2006.

Les présidents des assemblées provinciales refusent de voir les provinces exclues de cette dynamique. Ils entendent structurer une position commune et formuler des recommandations techniques claires. Pour ces élus locaux, toute réforme future doit impérativement prendre en compte les réalités du Congo profond, renforcer la démocratie de proximité et adapter l’appareil d’État aux besoins urgents de développement des populations rurales et urbaines. Les résolutions attendues le 10 juillet prochain s’annoncent déjà comme une contribution majeure à la configuration politique future du pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ne manquez aucune nouvelle importante. Abonnez-vous à notre newsletter.