RDC : Ouverture à Kinshasa du procès sur le détournement présumé des fonds du FRIVAO

Par Emmanuel Medina

L’une des affaires financières les plus examinées de la République démocratique du Congo est entrée dans sa phase décisive. La Cour de cassation de Kinshasa a ouvert ce lundi 13 juillet l’audience publique du procès portant sur le détournement présumé des Fonds d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC, FRIVAO. Ce dossier oppose le ministère public à Chançard Bolukola, coordonnateur intérimaire du fonds, et à Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice et garde des Sceaux.

Le FRIVAO a été initialement mis en place pour indemniser les populations civiles, notamment celles de Kisangani, victimes des affrontements et des activités illicites de l’armée ougandaise sur le sol congolais. La justice soupçonne une gestion opaque et des malversations financières massives à la tête de cette structure. Les débats se concentrent principalement sur des paiements évalués à plus de 50 millions de dollars américains. Ces transactions auraient été exécutées de manière irrégulière, avant toute obtention de l’avis de non-objection de la Direction générale de contrôle des marchés publics (DGCMP). De plus, les enquêtes se penchent sur des connexions suspectes avec des entreprises privées, à l’instar de Congo Énergy.

Actuellement détenu à la prison centrale de Makala, le co-prévenu Chançard Bolukola a chargé à plusieurs reprises l’ancien ministre de garde des Sceaux lors des étapes précédentes de l’instruction. Selon ses déclarations, les décaissements litigieux de plus de 50 millions de dollars auraient été formalisés sur instruction verbale directe de Constant Mutamba.

De son côté, l’ex-ministre de la Justice, qui clame son innocence, conteste vigoureusement ces accusations. Dans une lettre ouverte publiée début juillet, Constant Mutamba a fustigé un « acharnement politique » visant à salir sa réputation. Bien qu’hospitalisé récemment, il a choisi de comparaître personnellement devant la Cour de cassation afin de rétablir la vérité et d’assurer sa propre défense. Pour garantir la transparence des débats, l’ancien ministre a d’ailleurs exigé une retransmission en direct du procès sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC).

Cette première audience devant la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire marque un tournant. Le procès, qui statue en premier et dernier ressort pour les officiels de ce rang, représente un test crucial pour l’appareil judiciaire de la RDC dans sa lutte contre l’impunité et le détournement des deniers publics. Les victimes de la guerre de Kisangani, quant à elles, attendent que toute la lumière soit faite sur la gestion des fonds censés réparer leurs préjudices.

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