Alors que plusieurs initiatives diplomatiques sont engagées pour tenter de mettre fin au conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, l’AFC/M23 continue de renforcer ses effectifs militaires sur le terrain. Pourtant, les négociations de Doha, l’accord de Washington entre Kinshasa et Kigali ainsi que les démarches mises en place à Montreux visent à obtenir une désescalade. Sur le terrain, cependant, les signaux envoyés par la rébellion semblent aller dans une autre direction.
Par Charles Muhindo
Le lundi 20 juillet 2026, à Tchanzu, en territoire de Rutshuru (Nord-Kivu), l’AFC/M23 a organisé une cérémonie marquant la fin de la formation de 9 318 nouveaux combattants, selon les chiffres avancés par la rébellion même si cette information n’a pas été confirmée par des sources indépendantes. Le mouvement a présenté cette nouvelle vague de combattants comme un renforcement important de ses capacités militaires.
À cette occasion, le chef militaire du M23, Sultani Makenga, a demandé à ces nouvelles recrues de rejoindre les combattants déjà présents sur les lignes de front, notamment dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. Il les a appelées à participer à ce qu’il présente comme la libération de Minembwe, avant d’affirmer que ces forces devaient également se préparer à une grande bataille pour libérer la RDC du régime actuel.
Ces déclarations et cette posture du M23 interviennent alors que les partenaires régionaux et internationaux multiplient les efforts pour obtenir un cessez-le-feu définitif et un retour de l’autorité de l’Etat dans le Nord-Kivu et Sud-Kivu. Les discussions menées à Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23, les engagements pris à Washington entre la RDC et le Rwanda ainsi que les travaux du processus de Montreux poursuivent tous le même objectif : créer les conditions d’un retour progressif à la paix.
Pourtant, les agissements observés sur le terrain inquiètent. Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts des Nations unies a encore évoqué le soutien militaire du Rwanda à l’AFC/M23, la présence de milliers de soldats rwandais aux côtés de la rébellion ainsi que plusieurs violations des droits humains commises dans les zones sous son contrôle.
Selon le même rapport, l’AFC/M23 disposerait d’environ 30 000 combattants, appuyés par 14 000 à 18 000 militaires rwandais. Si les 9 318 nouvelles recrues présentées par la rébellion sont effectivement vérifiés, elles ne viendraient que s’ajouter à une rébellion qui ne fait que multiplier des capacités belliqueuses alors même que les processus diplomatiques appellent à la désescalade.
L’on n’ignore déjà pas que l’annonce de ces nouvelles recrues rebelles intervient dans un contexte particulier dans le Sud-Kivu. Les combats se poursuivent autour de Point Zéro, où les FARDC tentent de bloquer l’avancée des rebelles. Plusieurs observateurs craignent que ces nouveaux effectifs aident le M23 à lancer de nouvelles offensives vers Baraka, dans le territoire de Fizi, avec une intention de se projeter vers la province du Tanganyika.
Alors que les médiateurs s’efforcent de concilier les positions de différentes parties, le renforcement des effectifs de l’AFC/M23 et les déclarations de son chef militaire attestent que le groupe armé continue à se préparer à d’éventuelles opérations de grande envergure, plutôt que de s’inscrire dans une logique de la paix.
Pour Kinshasa, le dialogue politique inclusif annoncé ces derniers jours pourrait contribuer à l’unité nationale face à la crise. Mais au regard de la situation militaire dans l’est du pays, Kinshasa devrait également se préparer militaire pour parer à toute éventualité alors que Kigali et le M23 se musclent en prélude, éventuellement, de nouveaux assauts dans l’Est du pays.












