Rebondissement dans l’affaire Vally Amisi : fin de la cavale pour Mukena Mwepu, mais à quand la fin de la justice des puissants en RDC ?

L’affaire Vally Amisi connaît un nouveau rebondissement après l’interpellation à Brazzaville de Mukena Mwepu Benie, recherché dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de l’homme d’affaires et dirigeant sportif congolais. Son arrestation, confirmée le dimanche 2 août 2026 par le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, est intervenue grâce à la coopération judiciaire entre la République démocratique du Congo et la République du Congo. Son transfèrement à Kinshasa ne devrait plus tarder, selon les autorités congolaises.

Par Charles Muhindo

Vally Amisi, vice-président du club Nouvelle Vie Bomoko FC et entrepreneur installé en Afrique du Sud, avait été retrouvé mort le 10 avril dernier dans la commune de la Gombe, à Kinshasa. Les enquêteurs s’étaient notamment appuyés sur les images des caméras de surveillance après avoir écarté la première piste d’un présumé enlèvement de la victime. Plusieurs personnes avaient déjà été interpellées dans le cadre de cette affaire.

Les premières déclarations de Mukena Mwepu après son arrestation donnent toutefois une nouvelle tournure au dossier. Dans une vidéo de son interrogatoire, le suspect reconnaît avoir tué Vally Amisi et affirme avoir reçu une arme pour passer à l’acte. Il soutient également qu’il n’aurait pas agi de sa propre initiative, mais sur instruction d’un « haut placé ».

Ce qui interpelle surtout, c’est sa réponse lorsqu’il est interrogé sur l’identité de la personne qui lui aurait remis l’arme. Le suspect refuse de citer un nom, expliquant qu’il ne peut pas parler parce que sa famille se trouve à Kinshasa.

« On m’avait juste donné ça », dit-il, avant d’ajouter : « Je ne peux pas parler parce que ces gens-là… Ma famille est à Kinshasa. C’était sur instruction d’un haut placé. »

Dans la même séquence, il affirme que son rôle était d’amener Vally Amisi dans un appartement où, selon lui, d’autres personnes étaient déjà présentes. Il reconnaît ensuite l’avoir tué avant d’affirmer que d’autres individus sont venus récupérer le corps. Il déclare également que c’était la première fois qu’il manipulait une arme.

Ces déclarations restent à vérifier par les enquêteurs. À ce stade, elles ne permettent pas d’établir la responsabilité d’une quelconque « haute personnalité » ni de toute autre personne évoquée implicitement par le suspect. Mais si ses affirmations s’avéraient exactes, plusieurs questions demeurent : qui lui aurait donné l’ordre ? Qui sont les autres personnes qu’il dit avoir vues participer à l’opération ?

C’est désormais à la justice d’apporter des réponses à ces interrogations. L’arrestation du présumé exécutant ne devrait pas être considérée comme la fin de l’affaire si les éléments de l’enquête démontrent l’implication éventuelle d’autres personnes. Il faudra établir les circonstances exactes du meurtre, déterminer le rôle de chacun et vérifier s’il existe réellement un commanditaire.

Cette affaire rappelle celle de Chérubin Okende, même si les deux dossiers ne sont pas identiques. L’ancien ministre des Transports et opposant avait été retrouvé mort dans son véhicule à Kinshasa en juillet 2023. À l’issue de l’enquête, le parquet avait conclu à un suicide, une version rejetée par sa famille et son camp politique, qui réclamaient des investigations plus approfondies. Des allégations relayées par différents canaux évoquaient alors l’implication présumée d’un « haut placé », sans que ces affirmations n’aient été établies par la justice.

Ces deux affaires montrent surtout une chose : l’opinion congolaise demeure particulièrement sensible aux dossiers dans lesquels des personnalités influentes sont supposées être impliquées. Lorsqu’un crime est commis, la justice doit rechercher tous les responsables, sans s’arrêter aux seuls exécutants présumés.

Dans l’affaire Vally Amisi, le principal enjeu est désormais de savoir si les déclarations du suspect permettront aux enquêteurs de remonter toute la chaîne des responsabilités. S’il affirme avoir reçu des instructions, il appartiendra aux enquêteurs de déterminer de qui elles émanaient et sur quels éléments de preuve ces affirmations peuvent être corroborées.

La famille de Vally Amisi attend avant tout de connaître la vérité sur les circonstances de sa mort. L’arrestation de Mukena Mwepu Benie constitue une étape importante, mais la justice devra aller plus loin si elle veut lever toutes les zones d’ombre qui entourent ce dossier.

En RDC, la justice ne devrait pas varier selon que l’on est puissant ou vulnérable. Une personne influente ne devrait pas pouvoir échapper à la loi, tout comme un simple citoyen ne devrait pas être condamné faute de moyens pour assurer sa défense. À travers cette affaire, la justice congolaise est attendue sur sa capacité à mener ses investigations jusqu’au bout, quels que soient les noms qui pourraient émerger au fil de l’enquête. À défaut, elle continuera d’être perçue par une partie de l’opinion comme une institution protégeant les puissants, tandis que de nombreux justiciables restent détenus pendant de longues périodes sans jugement.

Comme le soutiennent de nombreux internautes, le procès de l’affaire Vally Amisi devrait être public afin que l’opinion soit définitivement fixée sur l’identité du ou des auteurs du crime ainsi que sur l’existence éventuelle d’un commanditaire, dans le seul objectif que toute la vérité soit établie et que justice soit rendue.

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