Comme on le sait, après plusieurs mois d’attente, les discussions entre le gouvernement congolais et le mouvement AFC/M23 ont déjà repris. Cette fois, ce n’est plus à Doha que les deux parties se retrouvent, mais en Suisse. Ce changement de cadre montre que la médiation internationale continue de chercher une solution, malgré les échecs du passé.
Par Gédéon ATIBU
Pendant au moins 2 jours, les délégations (congolaise et rebelle) ont échangé autour des questions sécuritaires et des conditions d’un retour à la paix dans l’est de la RDC, une région qui reste touchée par les violences malgré les appels au cessez-le-feu.
À l’issue de ces travaux, un nouveau document a été signé : un mémorandum d’entente appelé MoU. Comme peut l’estimer l’opinion publique, ce compromis peut-être considéré comme une avancée dans les efforts vers la paix. Il prévoit notamment une évolution du mécanisme de suivi du cessez-le-feu. Jusqu’ici, ce rôle était assuré par un dispositif régional appelé Expanded Joint Verification Mechanism (EJVM), mis en place sous l’autorité de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Désormais, ce mécanisme devient EJVM+ , avec un changement important : l’intégration des représentants de l’AFC/M23 dans les opérations de vérification et de surveillance, apprend-on des sources en Suisse.
Ce point est central dans ce nouvel accord. Concrètement, cela signifie que le mouvement rebelle participera lui-même au contrôle du respect du cessez-le-feu sur le terrain. Le dispositif travaillera en collaboration avec la MONUSCO, notamment pour surveiller certaines zones sensibles comme Uvira, où des affrontements ont déjà eu lieu dans le passé, la ville ayant même été contrôlée par la rébellion pendant quelques semaines. L’objectif affiché est de mieux préparer le retour à la paix en assurant un suivi plus inclusif et plus proche des réalités du terrain, précisent les mêmes sources.
Mais, des questions persistent. Le fait d’intégrer le M23 dans un mécanisme de vérification peut être vu comme une reconnaissance de son rôle sur le terrain. Pour certains, cela peut aider à instaurer la confiance entre les parties. Pour d’autres, cela peut donner l’impression que le groupe armé gagne en légitimité sans avoir encore renoncé totalement à la guerre comme le souhaitait Kinshasa depuis longtemps. C’est donc une mesure qui peut être interprétée de différentes manières selon les positions politiques des acteurs en présence.
Mais en même temps, il est important de rappeler que ce n’est pas la première fois que Kinshasa et le M23 signent un accord. En juillet 2025, une déclaration de principes avait déjà été signée à Doha. Elle devait conduire vers un accord de paix définitif. Les deux parties s’étaient engagées à mettre en place un cessez-le-feu et un mécanisme conjoint de vérification. Pourtant, sur le terrain, les choses n’ont presque pas changé depuis cette signature : le cessez-le-feu annoncé n’a pas été respecté, les combats ont continué et chaque camp a continué d’accuser l’autre d’être responsable de la reprise des hostilités. Le mécanisme de surveillance prévu n’a jamais réellement été respecté par les belligérants. Les désaccords sont restés visibles sur plusieurs points, notamment la création d’une zone tampon et le déploiement d’une force neutre. Même la participation de la MONUSCO dans la situation n’a pas permis de débloquer la situation. En réalité, les engagements sont restés sur papier, sans effets visibles sur le terrain.
D’autres questions importantes, comme la libération des prisonniers, sont également restées sans suite. Le M23 avait proposé une liste de centaines de personnes à libérer, mais les discussions ne sont jamais allées plus loin que cela. Kinshasa, de son côté, avait préféré traiter le dossier de ces prisonniers du M23, cas au cas par cas. Là encore, les 2 parties sont restées divisées.
À cela s’ajoute un autre élément : la signature d’un accord entre la RDC et le Rwanda à Washington. Cet accord était aussi censé conduire à la désescalade dans la région. Mais malgré ces engagements, les combats se sont poursuivis et les populations continuent d’en payer le lourd tribut.
Au regard de ce tableau, il y a lieu de s’interroger après la signature de ce nouveau mémorandum d’entente en Suisse : qu’est-ce qui va réellement changer cette fois-ci ? Sur le papier, les intentions sont claires et les mécanismes pour y arriver semblent très bien définis. Mais, faut-il faire confiance, cette fois-ci ? Ou, l’expérience des précédents accords demande de nouveau de la prudence? Tant que les engagements ne sont pas respectés sur le terrain, les textes resteront sans impact
On peut donc se demander si ce MoU ne risque pas de devenir un document de plus sur une longue liste d’accords non respectés. Le problème ne semble pas être le manque de signatures, mais plutôt le manque de volonté ou de confiance entre les parties pour appliquer ce qui est signé. Sans changements concrets dans les comportements, même les meilleurs accords peuvent accoucher d’une souris, peut-on conclure.













