Par R. Lebisabo
Connues sous le nom de Chutes Boyoma ou anciennement Stanley Falls, les chutes Wagenya s’érigent en un site naturel d’une beauté et d’une importance culturelle exceptionnelles, au nord-est de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo. Bien qu’elles attirent quotidiennement des visiteurs nationaux et internationaux, ce joyau touristique, reconnu jusqu’à figurer sur les billets de 50 Francs Congolais, souffre malheureusement d’un manque criant d’infrastructures et d’une apparente négligence de la part de l’État congolais.

Un potentiel inexploité face aux promesses non tenues
Malgré leur immense potentiel, les chutes Wagenya peinent à se développer. Augustin Isa Balabala, gérant du site, exprime une frustration palpable : « Ça fait longtemps que notre gouvernement central nous a promis de réhabiliter notre site. Nous avons reçu ici le ministre national du tourisme qui est venu nous visiter. Nous lui avions exposé le cas et il avait promis de nous aider, mais rien ne bouge, on attend toujours la réponse à notre requête. »

Cependant, Musenya Kingombe Théophile, chef de quartier d’Ile Mbie, où se trouve le site, tente de rassurer. Pour lui, Wagenya est à la fois un « souci pour des autorités » et une « fierté de la République ». Il affirme que « les autorités n’ont pas abandonné le site mais voient comment le réorganiser pour attirer beaucoup de visiteurs », laissant entrevoir l’espoir d’une future réhabilitation.
Une pêcherie ancestrale, emblème culturel et économique
Au-delà de leur beauté naturelle, les chutes Wagenya sont célèbres pour leur technique de pêche ancestrale, unique au monde. Les pêcheurs de la communauté Wagenya utilisent d’énormes échafaudages en bois, installés dans les rapides, sur lesquels sont fixées des nasses coniques. Ce « spectacle fascinant de courage, d’agilité et de savoir-faire » se transmet de génération en génération. L’accès à cette pratique est strictement lié à l’héritage coutumier : seuls les descendants du chef coutumier sont habilités à pêcher ici, et l’intégration se fait parfois par mariage dans l’une de ces familles. Les poteaux qui soutiennent les échafaudages symbolisent d’ailleurs la propriété familiale de chaque site de pêche.
L’importance culturelle et économique de ces chutes est telle qu’elles sont fièrement représentées sur le billet de 50 Francs Congolais. Le verso du billet illustre en effet cette scène emblématique des pêcheurs Wagenya, reconnaissant ainsi leur place centrale dans l’identité nationale.
Cette culture se perpétue également à travers l’artisanat local. De jeunes artistes, souvent issus de la communauté Wagenya, créent et vendent des œuvres d’art le long de la route menant aux chutes, immortalissant leur tradition de pêche. Saidi Binofeta Paul, un sculpteur local, témoigne : « Je fabrique ces œuvres pour symboliser notre culture des Wagenya. Tout celui qui passe à Kisangani, doit garder cette image dans sa mémoire. Des touristes arrivent ici et quand ils achètent mes œuvres ici, ça m’aide à subvenir aux besoins de ma famille. »
Un géant naturel à l’histoire riche
Les chutes Wagenya marquent également une transition géographique majeure, étant le point où la rivière Lualaba devient le puissant fleuve Congo. Elles se composent d’une série de sept cataractes s’étendant sur environ 4 500 pieds de largeur, les classant parmi les plus vastes du monde. Avec un débit impressionnant de plus de 17 000 m³/s et un dénivelé total de 60 mètres, leur puissance est spectaculaire. Historiquement, elles furent nommées « Stanley Falls » en l’honneur de l’explorateur britannique Henry Morton Stanley, qui mit plus de trois semaines à les traverser en 1877.
Ce bijou naturel et culturel attend désormais une intervention concrète des autorités pour révéler pleinement son potentiel touristique et assurer la préservation de son patrimoine unique.












