Affaire Lukwebo : La chute brutale du «Maradona congolais» après un tir mal cadré, quelle leçon pour tous les téméraires de la team Union sacrée ?

Il s’y attendait certainement le moins. En prenant la parole devant un auditoire truffé des caméras et des smartphones à cette ère du numérique, le leader de l’AFDC/A ne se doutait peut-être pas de ce qui allait lui tomber dessus. Réputé être l’un des dribbleurs politiques les plus redoutés du pays de ces dernières décennies, le Maradona congolais n’a pas su lire les signes du temps ni pu rien voir venir jusqu’à ce qu’au lendemain de sa sortie médiatique, des attaques venant des Tshisekedistes pleuvent de tous les horizons.

Par Gédéon ATIBU

Alors que le dernier mandat de Félix Tshisekedi court et ses jours au sommet de l’Etat sont de plus en plus comptés, les efforts des sociétaires de la coalition au pouvoir sont consentis, se dit-on, vers un mécanisme pour conserver le pouvoir le plus longtemps possible. D’ailleurs, n’eût-été la guerre imposée par le Rwanda dans l’est, le pays aurait déjà basculé dans une nouvelle République grâce à une nouvelle constitution.

C’est pourtant dans ce contexte où les salons politiques affiliés à Félix Tshisekedi sont activement engagés à maintenir le chef de l’Etat au delà de 2028 que Modeste Bahati Lukwebo, important cadre de l’Union sacrée puisqu’il occupait, jusqu’au mercredi 18 mars, le poste de 2e vice-président du Sénat après avoir présidé la même chambre lors du premier mandat du président congolais, a choisi de naviguer à contre courant de la ligne tracée par la majorité présidentielle à laquelle il appartient.

Comme peuvent l’affirmer nombre d’observateurs, c’était trop risqué de prendre un tel virage sans s’attendre à des conséquences à la taille de l’acte provocateur du natif du Sud-Kivu. Car, à l’Union sacrée, le chef de l’État attend que tous ses partisans marchent sur ses pas et défendent, sans équivoque, la position qui est la sienne, notamment sur les dossiers sécuritaires liés au M23 ou encore sur la nécessité de changer la constitution en vigueur.

En défendant l’intangibilité de la loi fondamentale, ce qui est pourtant légitime et légal, le Maradona congolais a quasiment signé son arrêt de mort au sein de l Union sacrée. Et, les faits l’ont prouvé. Déjà sous pression d’une motion, Bahati Lukwebo s’est vu renié par des élus de son propre parti politique. Une première dans l’histoire récente du Congo où un leader politique est rejeté par ses propres adeptes.

A la seconde où le désormais ex-2e vice-président du Sénat a sorti de sa bouche des phrases en faveur du maintien de la constitution de 2006, il s’est lui-même condamné. Même son mea culpa et ses tentatives désespérées de regagner la confiance, n’ont débouché à rien, le vin ayant déjà été tiré. Pour sauver le peu d’honneur qu’il a perdu après être revenu sur ses propres mots sur la protection de la constitution, l’ex-ministre congolais n’avait aucun autre choix que celui de rendre le tablier, même si, en s’en allant, Lukwebo a juré sa fidélité au président de la République :

«Je ne pense pas que les pourfendeurs aiment plus le chef de l’État que moi. Peut-être que, comme moi, je ne suis pas flatteur, on croit que je suis timide, mais moi je soutiens le chef de l’État dans les faits et dans les actions», a-t-il dit.

Une déclaration qui, selon des analystes, vise simplement, à le préserver des probables poursuites judiciaires. En effet, si l’on s’en tient aux attaques enregistrées sur les médias sociaux, des internautes pro-régime s’attelaient déjà à lier Lukwebo aux actes subversifs du M23 dans le Sud-Kivu.

Quelle leçon pour des leaders de l’Union sacrée

Bahati Lukwebo sort de la Chambre haute du Parlement par la petite porte. Non qu’il ait eu tord de défendre la constitution mais pour avoir osé de poignarder l’Union sacrée dans le dos. Dans le langage militaire, on accuserait le leader de l’AFDC de jouer le jeu de l’ennemi, celui des adversaires politiques du chef de l’Etat qui ne jure que par le départ de Félix Tshisekedi d’ici fin 2028.

Mais, cette démission résultant d’une forte pression politique est en quelque sorte une leçon pour tous les téméraires de l’Union sacrée. Sans se dévoiler, des leaders de la coalition au pouvoir partagent probablement les mêmes positions que celles défendues par Lubwebo sur le mémé dossier mais attendaient peut-être le moment pour se tourner contre le dirigeant congolais comme on l’a vu sous Kabila entre 2015 et 2018.

Dorénavant, tétanisés par les conséquences de prendre une position contraire à celle du pouvoir en place, des acteurs au sein de l’Union sacrée sont contraints au silence ou à la résignation. D’ailleurs, le cas Lukwebo n’est pas le premier du genre. Un autre leader du Sud-Kivu, Vital Kamerhe, en a déjà fait les frais.

Il y a quelques mois, l’ex-président de l’Assemblée nationale a été déchu du perchoir de la Chambre haute pour avoir pris des positions qui semblaient se distancer de l’avis général des Tshisekedistes. Des sources au sein du pouvoir rapportent que Kamerhe était soupçonné d’être un probable blocage au changement de la constitution.

Le cas de ces 2 leaders du Sud-Kivu est une leçon à tirer pour tous les téméraires du régime. Oser prendre toute position s’écartant de la volonté du chef de l’Etat est suicidaire.

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