Bahati, sentinelle d’un texte qu’il juge trahi mais pas dépassé

À l’heure où le débat sur une éventuelle révision constitutionnelle refait surface en République démocratique du Congo, le professeur Modeste Bahati Lukwebo campe sur une position sans équivoque : non au changement de la Loi fondamentale. Face au projet évoqué en 2025 par le président Félix Tshisekedi, le deuxième vice-président du Sénat dénonce une diversion politique et appelle à une introspection des dirigeants, estimant que le véritable problème du pays relève davantage des hommes que des textes.

Par medina

En République démocratique du Congo, le professeur Modeste Bahati Lukwebo s’oppose une nouvelle fois, avec fermeté, au débat sur le changement de la Constitution. Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 4 mars, le deuxième vice-président du Sénat a appelé à un « tour de table » national sur la question, tout en réaffirmant son désaccord catégorique avec toute initiative de révision.

« Le pays n’a pas un problème de textes, mais plutôt un problème d’hommes », a-t-il lancé, dans une déclaration qui résonne au cœur des tensions politiques actuelles. Pour lui, l’urgence n’est pas de modifier la loi fondamentale, mais d’opérer une introspection collective sur la gouvernance et le respect des institutions.

Poursuivant sur le même ton, il a martelé : « Aimer son chef, c’est lui dire la vérité ! » Une phrase lourde de sens, par laquelle il critique ceux qu’il qualifie de flatteurs ou de « courtiers » agissant dans l’ombre pour promouvoir une réforme constitutionnelle. Le professeur Bahati se pose ainsi en opposant résolu à toute tentative de modification du texte fondamental.

« Il ne suffit pas de dire que la Constitution est dépassée, 17 ans après. C’est quelle théorie scientifique ? », s’interroge-t-il, remettant en cause les arguments avancés par les partisans du changement. Il s’étonne également de voir « ceux qui se disent géniteurs et protecteurs de la Constitution » adopter aujourd’hui une position contraire.

Cette posture ne date pas d’hier. Déjà, lors des États généraux de la justice en novembre 2024, Modeste Bahati Lukwebo avait exprimé sans détour son opposition à toute révision constitutionnelle. À l’occasion des vingt ans de la Constitution, une émission animée par la journaliste Élysée Odia avait d’ailleurs mis en scène, à travers une métaphore poétique, le parcours mouvementé de ce texte fondamental : une Constitution aimée, contestée, révisée, parfois violée, mais toujours debout.


Au-delà de la symbolique, le sénateur insiste sur le fait que le véritable enjeu réside dans le respect et l’application rigoureuse des dispositions existantes. Pour lui, le débat ne doit pas masquer les manquements de certains acteurs politiques qui instrumentalisent le texte selon leurs intérêts.

Pour rappel, en 2025, le président Félix Tshisekedi avait annoncé la mise en place d’une commission chargée d’examiner une éventuelle révision de la Constitution, qu’il juge inadaptée à certaines réalités actuelles. Ce projet, qui pourrait aboutir à un référendum, a suscité de vives tensions au sein de la classe politique, l’opposition y voyant une volonté manifeste de se maintenir au pouvoir.


Dans ce climat déjà électrique, la position tranchée de Modeste Bahati Lukwebo vient relancer un débat qui, loin de s’éteindre, continue de diviser profondément la scène politique congolaise.

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